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En ballade avec une petite marmotte

Vous allez perdre vos cheveux, perdre un sein … Lorsque le verdict tombe, votre monde s’arrête.  Et pourtant il reste de l’espoir !

Je peux dire avec une certaine fierté que ma perruque représentait beaucoup pour moi. Dès le début il y a un an, lorsque le diagnostic du cancer du sein m’est tombé dessus, une chose était évidente plus que tout : personne de devait voir que j’étais malade. J’étais complètement réticente à l’idée que je pourrais susciter des regards apitoyés si je portais un « foulard cancer ». Mais j’ai su aussi immédiatement que je devais me débrouiller moi-même pour y faire quelque chose. Vaincre le cancer était naturellement mon plus grand défi, mais en dépit de tout je voulais continuer à paraître féminine. J’ai donc fait tatouer mes sourcils avec du maquillage permanent la veille de ma première opération lourde, car le risque était très grand que j’allais aussi perdre ceux-ci durant la chimio. Je voulais être parée à toute éventualité.

Crainte des réactions

Entre le diagnostic et ma première cure de chimio, mi-janvier, j’avais encore un peu de temps pour chercher le la perruque idéale. Effectivement, il faut gérer beaucoup de choses en un laps de temps très court : clinique in, clinique out, docteur par ici, docteur par-là, opérations à planifier ; et malgré tout, je trouvais ceci tout aussi important. Mais, qui a de l’expérience en la matière … ? Par quoi commencer. J’avais vu par le passé suffisamment d’hommes dont on pouvait voir de loin que la moumoute  qui se trouvait sur leur tête commençait à vivre sa propre vie. J’étais la première à faire des remarques et ne comprenais pas qu’ils ne rendaient pas compte par eux-mêmes à quel point c’était laid, et maintenant … maintenant j’allais moi-même devoir me balader avec une petite marmotte. Ce surnom, je l’avais déjà donné à l’avance, question d’anticiper les blagues idiotes. J’étais également tout à fait convaincue que TOUT LE MONDE remarquerait que ces cheveux raides n’était pas les miens …

Adieux à mes bouclettes

J’ai fait alors quelques recherches sur internet. Près de chez moi, il y avait quelques coiffeurs auprès desquels on pouvait s’adresser pour des « œuvres capillaires », le mot perruque semblant avoir disparu du langage courant. Ensemble avec ma meilleure amie j’ai donc fixé un rendez-vous. J’avais encore ma longue chevelure bouclée et j’allais choisir une perruque qui y ressemblerait, de sorte que cela ne se remarquerait pas – ou en tout cas c’est ce que je croyais alors.

La déception fût grande lorsque j’ai vu que les perruques avec de longues boucles n’étaient plus tellement vendues et que, par conséquence, le choix était limité. Qu’est-ce qu’on a ri (jaune) en essayant les différents modèles. Incroyable comment une personne peut être totalement différente en changeant de coiffure … Parce que, quelle que soit la façon dont vous le tournez, vous devez continuer à avoir de l’humour. Cela m’a aidée pendant tout la durée de mon combat, aussi envers les autres. L’humour permet d’aborder certains sujets, la glace est brisée et les gens osent poser plus de questions. Humour et positivisme vont aussi, je trouve, très bien ensemble.

Finalement, j’ai trouvé une perruque avec des cheveux synthétiques. Lorsque mes longues boucles ont été rasées et que je suis sortie avec ma nouvelle coiffure j’avais la sensation d’être une vraie drag queen.

Je suis allée directement au centre commercial avec mon ami. Tout de suite le baptême du feu pour voir qui se retournerait, me montrerait du doigt et me fixerait bouche bée. Quelle déception lorsque rien de tout ceci ne s’est produit … ??.

Réactions enthousiastes

Mais je ne me sentais toujours pas bien avec cette perruque. Elle ne tombait pas parfaitement sur ma tête. Je suis alors retournée chez le coiffeur et lui ai dit que je souhaitais, un autre style.

De toute façon, lorsque mes cheveux se remettraient à pousser un jour, je devrais aussi renoncer aux boucles. Ça pouvait donc être court et raide. La perruque que j’ai alors essayée a été tout de suite la bonne. Mi-longue et raide, MAIS confectionnée avec de vrais cheveux. Le prix était fameusement plus élevé aussi mais malgré tout, j’étais prête à le payer. Et malheureusement, avec cette perruque également, il n’y a pas eu de regards bizarres ??.

Comme je coiffais la plupart du temps mes cheveux (hum …, ma perruque) de manière nonchalante en queue de cheval, personne (à part ceux qui étaient au courant) n’a remarqué que ceci était une « œuvre capillaire ». Je recevais souvent des petits compliments de gens que je n’avais pas vus depuis un certain temps et qui trouvaient ma nouvelle coiffure très sympa. Je les laissais dans l’illusion et  pensais alors, « but atteint ».  Il m’est régulièrement arrivé de porter un foulard ou de me promener le crâne à l’air lorsque j’étais à la maison … car j’ai aussi régulièrement juré contre petite marmotte. C’est surtout lorsqu’il faisait chaud qu’elle était désagréable. Il m’est même arriver de souffrir de bad hair days ... ??.

Fin septembre j’ai rangé petite marmotte. Elle a été remerciée pour bons et loyaux services et a reçu une belle place, dans une petite boîte, à l’arrière dans ma garde-robe. J’espère ne plus jamais devoir la ressortir mais je suis reconnaissante d’avoir pu aller à l’extérieur durant tous ces mois avec la tête haute. J’ai un peu plus difficile avec mes cheveux courts. Mais bon, on s’y habitue aussi … Ceci est donc maintenant (provisoirement) mon nouveau moi ??.

Isabelle