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Prévention du cancer du sein : où en sommes-nous et où allons-nous ? (2)

Comment prévenir le cancer du sein, tel était le thème de la rencontre annuelle de l'Organisation European Cancer Prevention. Think-Pink a apporté son soutien à ce événement lors duquel des experts de renommée mondiale ont échangé leurs vues. Découvrez dans cette série d'articles ce qui s'est dit à cette occasion ! Outre les mesures de prévention que nous pouvons mettre en œuvre nous-mêmes, les participants ont évoqué le rôle des médicaments dans la prévention du cancer du sein. Voici les points de vue exprimés.

« La prévention du cancer du sein repose sur trois piliers », explique le professeur Gad Rennert. « Adapter notre comportement est l'un de ces piliers, mais c'est une chose que nous détestons faire. Faire appel à un chirurgien pour une ablation préventive, c'est autre chose et nous n'en avons pas envie non plus. Le troisième pilier plaît beaucoup plus aux gens : prendre des médicaments. Je souhaiterais que le cancer puisse être dépisté avant qu'il devienne un cancer. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire dans ce sens. »

Le post-traitement devient la prévention

Une personne qui a été opérée d’un cancer du sein puis traitée par radiothérapie et chimiothérapie, suit ensuite souvent un post-traitement. Celui-ci est destiné à empêcher le cancer de revenir. Parallèlement, les médicaments protègent l'autre sein, a expliqué le professeur Jack Cuzick. C'est ce qu'on appelle la chimioprévention, bien qu'il ne s'agisse pas d'une chimiothérapie.

  • Si une personne a un cancer dont la croissance est stimulée par l'hormone féminine œstrogène, elle prend souvent du Tamoxifen. Une étude du professeur Cuzick a démontré qu’un post-traitement de 5 ans offre une protection de longue durée et réduit de jusqu'à 30 % le risque de cancer dans l’autre sein.
  • Il en va de même pour les inhibiteurs de l'aromatase. Leur effet va même jusqu'à 50 % et ce traitement a moins d'effets secondaires. 

Il va sans dire que le monde scientifique ne reste pas les bras croisés. Une piste prometteuse est à l'étude : il s'agit d'un gel contenant un composant du Tamoxifen. Il agit en diffusant localement une dose importante de ce composant, mais sans entraîner d'effets secondaires, car il ne va pas dans le reste du corps. De plus, étant donné que ces inhibiteurs de l'aromatase ne constituent une option que pour les femmes ménopausées, les chercheurs s’attachent à développer un traitement pour les jeunes femmes.

La prévention dans notre armoire à pharmacie

Pour la prévention, il n'est pas toujours nécessaire de recourir à des médicaments dont nous n'avons jamais entendu parler. Le professeur Gad Rennert a prôné l'utilisation de médicaments que nous prenons déjà actuellement. « Nous les connaissons très bien et ne devons donc pas craindre des effets secondaires. De plus, il s'agit souvent de médicaments génériques, relativement bon marché. »

Il songe, par exemple, aux médicaments suivants :

  • l'aspirine offre une protection à 10 % ;
  • les statines, utilisées dans le traitement du cholestérol, offrent une protection à 10 % ;
  • le bisphosphonate, médicament utilisé contre l'ostéoporose, protège à 30 % sur 10 ans ;
  • la metformine, utilisée contre le diabète et qui protégerait à 15 %, fait débat. 
Un vaccin contre le cancer du sein

Les vaccins peuvent également protéger contre le cancer du sein. Le vaccin contre la fièvre jaune, par exemple, protège du cancer de la peau et du sein, et des chercheurs de l'université de Washington travaillent sur un vaccin à base d'ADN. Un vaccin HER2, qui dans un tiers des cas a une influence sur carcinome canalaire in situ ou CCIS est également très prometteur en matière de prévention.

Une nouvelle piste est actuellement à l'étude : le vaccin contre le cancer du sein sur lequel travaillent les professeurs José Russo et Herman Depypere. Le point de départ ? La protection qu'offre une grossesse précoce contre le cancer du sein.

Voilà plus de 30 ans que le professeur José Russo étudie aux États-Unis les principes qui se cachent derrière cette protection et sont capables de réduire de moitié le risque de cancer du sein. Il a découvert que les tissus mammaires subissent des modifications importantes jusqu'au niveau cellulaire, de sorte que l'ADN est mieux réparé. Il a traduit ce principe dans un vaccin basé sur l'hormone de grossesse HCG.

Afin de vérifier si le vaccin a l'effet espéré, il s'est adressé en Belgique au professeur Herman Depypere du UZ Gent et aux professeurs Jaak Janssens de l’ECP. Avec le soutien de Think-Pink, le professeur Depypere a entrepris une recherche basée sur 23 sujets porteurs d'une mutation du gène BRCA, qui entraîne un risque élevé de cancer. Les premiers résultats sont source d'espoir. Le professeur Russo les traite actuellement aux États-Unis et on saura en 2018 si l'étude a été fructueuse.