Puis-je encore avoire des enfants?

Jusqu’à 20 % des patientes du cancer du sein ont moins de 40 ans. Le cancer du sein est différent chez les femmes jeunes et chez les femmes âgées. Souvent, il est plus agressif et le risque de rechute est différent chez les jeunes femmes. Le traitement affecte aussi souvent leur fécondité, car la chimiothérapie attaque non seulement les cellules cancéreuses mais également les ovaires. Pendant la chimiothérapie, la production de follicules avec ovocytes cesse, arrêtant le cycle menstruel, vous mettant temporairement en situation de ménopause. Il est également possible que la chimio affecte gravement votre apport en ovocytes. Dans ce cas, votre réserve sera considérablement réduite, voire totalement affectée, après la chimiothérapie. C’est pourquoi il n’est pas toujours certain que vous puissiez tomber enceinte spontanément après votre traitement. Normalement, votre gynécologue ou votre oncologue en discute avec vous avant le commencement du traitement. Vous n’avez peut-être pas la tête à ça à ce moment-là, mais c’est un sujet important auquel il faut réfléchir à l’avance.

Voilà ce qui arrive à votre corps

La stérilité liée au cancer du sein peut être la conséquence de la chimiothérapie : les ovaires sont touchés et le stock d’ovules diminue. À moins de 30 ans, la fécondité revient généralement car le stock d’ovules de ces femmes est suffisant. En cas de chimiothérapie entre 30 et 40 ans toutefois, il y a un risque de stérilité durable important. Un traitement hormonal peut aussi reporter le désir d’enfants pendant des années. Cela a également un effet indirect sur votre fertilité, car la réserve et la qualité de vos ovocytes diminuent naturellement avec le temps.

Environ 60 % des femmes qui ont un cancer du sein avant leur ménopause ont une forme de cancer hormonosensible. Cela signifie que le cancer du sein se développe sous l’influence des hormones féminines. Le traitement de ces femmes inclut une forme d’hormonothérapie sur une période de quelques années. Il en existe trois types :

  1. Blocage des récepteurs hormonaux (au Tamoxifen)

    Les médicaments administrés ressemblent fortement aux hormones féminines du corps humain. Ils se fixent sur les cellules cancéreuses, si bien que les hormones qui provoquent leur développement ne peuvent plus les atteindre et les cellules cancéreuses meurent.
    La grossesse pendant la prise de Tamoxifen est déconseillée, car elle comporte un risque de malformation chez l’enfant. La pilule contraceptive est également exclue (parce que le cancer est hormonosensible), mais vous pouvez utiliser une autre forme de contraception. Vous pouvez en principe débuter une grossesse deux mois après avoir arrêté le traitement au Tamoxifen.

  2. Inhibiteurs de l’aromatase
    Un inhibiteur de l’aromatase contre l’activité de l’enzyme aromatase. L’aromatase intervient dans la production d’œstrogènes chez les femmes après la ménopause. Ce médicament n’est administré qu’après la ménopause.

  3. Blocage temporaire de la fonction ovarienne
    Des préparations hormonales sont administrées pour bloquer la production d’hormones féminines. La quantité d’hormones féminines dans le corps diminue ainsi sensiblement. L’action de ces médicaments dure le temps de leur administration. Chez environ 70 à 90 % des femmes, le cycle menstruel reprend dans l’année.

Les docteurs cherchent surtout à sauver votre vie, mais j’ai clairement dit d’emblée à mon gynécologue que je voulais encore un enfant à l’issue du traitement. Il a donc pris des mesures pour protéger ma fécondité.
J’ai aussi fait prélever du tissu ovarien pendant l’opération de mon sein. C’était une intervention assez légère, via une opération chirurgicale exploratrice, au cas où. Mais j’ai eu de la chance et mes règles ont repris quelques mois après mon traitement.

Valerie, 32

Certaines femmes avec une tumeur HER2/neu sont aussi traitées avec la thérapie ciblée trastuzumab (Herceptine), qui bloque les protéines responsables de la croissance des cellules cancéreuses. La cellule cancéreuse grandit ainsi moins vite et est plus sensible à la chimiothérapie. La Herceptine est donc souvent administrée en combinaison avec la chimiothérapie.

On pense que la thérapie ciblée n’a pas d’influence directe sur la fécondité, mais on ne connaît pas encore suffisamment son effet pendant la grossesse. C’est pourquoi il est déconseillé de commencer une grossesse pendant le traitement au trastuzumab. Ce médicament est souvent utilisé pendant un à deux ans et vous devrez donc attendre pour commencer une grossesse. Le risque de grossesse spontanée diminue avec l’âge.

Le cancer du sein et ses traitements demandent de retarder une grossesse de deux à cinq ans. Votre âge au moment du diagnostic joue donc un rôle crucial pour votre fécondité à l’issue du traitement du cancer, quelles que soient les techniques appliquées. Il est possible que vous ne soyez plus féconde deux à cinq ans après le diagnostic, car le temps a fait son œuvre.

Les mesures préventives


Tomber enceinte après un traitement du cancer du sein est possible. Une étude a montré que 7 % des femmes ont eu un ou plusieurs enfants après leur traitement. Le délai moyen entre le traitement et la grossesse était de 32 mois. Les médecins conseillent d’attendre deux à cinq ans après un traitement du cancer du sein pour entamer une grossesse. C’est dans cette période que le risque de récidive est le plus grand. Une grossesse n’augmente pas le risque de rechute.

De nos jours, de nombreuses techniques peuvent préserver la fertilité avant la chimiothérapie. Une telle décision se prendra suite à une conversation avec votre oncologue et le médecin de la fertilité. Les spécialistes de la fertilité se feront un plaisir de vous renseigner davantage sur les traitements possibles. Vous pouvez également trouver plus d’informations sur brusselsoncofertility.be.

Si les circonstances le permettent, vous pouvez congeler les œufs matures après une stimulation hormonale et une ponction. Ce traitement prend environ 15 jours. Les chances de grossesse sont de 35 % en moyenne, mais cela dépend fortement du nombre d’œufs. Si vous avez un partenaire avec qui vous voulez des enfants, les œufs récoltés peuvent être fécondés immédiatement. Les embryons sont ensuite congelés. Les chances de succès de la congélation d’embryons sont d’environ 25 à 43 % par embryon.

Avec une tumeur hormonosensible, une stimulation hormonale des ovaires est également possible. Dans ce cas, un inhibiteur de l’aromatase est ajouté à votre calendrier de traitement et le traitement de fertilité se fait sans risque.

Parfois, la pression temporelle est trop élevée pour une cure de stimulation. « Dans ce cas, les ovocytes immatures sont guéris sans traitement préalable hormonal, même avant le traitement du cancer », explique le Professeur Michel De Vos (médecin spécialisé en fertilité à l’UZ Brussel). « Ces ovocytes arrivent à maturation en laboratoire et sont prêts pour la fécondation. Cette nouvelle technique s’appelle la Maturation In Vitro (MIV). »

Un autre traitement ou un traitement supplémentaire pour préserver votre fertilité consiste à congeler les tissus ovariens. Lors d’une opération de consultation, le médecin de la fertilité enlève quelques bandes du tissu ovarien et les congèle à titre préventif. Ils contiennent des follicules et des ovules à un stade très précoce de développement. Si vous souhaitez avoir un enfant, le médecin réimplentera les tissus pour éventuellement déclencher une grossesse spontanée. Les chances de succès dépendent fortement de la durée pendant laquelle vous conservez les tissus congelés. Aujourd’hui, près de 200 enfants sont nés dans le monde après transplantation de tissu ovarien.

Le professeur Michel De Vos : « Afin de protéger leur fécondité, on peut administrer aux jeunes patientes du cancer un traitement pour supprimer leurs ovaires, réduisant l’effet toxique de la chimiothérapie sur la fonction ovarienne et augmentant la chance de fécondité. »

Le diagnostic « cancer du sein » est tombé exactement deux semaines après que nous nous étions lancés une nouvelle fois dans l’aventure médicale d’un deuxième enfant. Le cancer a mis fin à nos espoirs, mais d’un autre côté, si je n’avais pas été diagnostiquée et que j’avais commencé à prendre des hormones ou étais tombée enceinte, je serais certainement morte, parce que personne n’avait détecté une grosseur cancéreuse dans mon sein. C’est ce qui me console dans les moments de tristesse. Je préfère que ma fille garde sa maman plutôt plutôt que d’avoir un frère ou une sœur.

Anita, 35

Selon la loi belge, les ovules et tissus ovariens peuvent être conservés 10 ans, et 5 ans pour les embryons. Cette période peut être prolongée pour des raisons médicales. Si vous subissez une chimiothérapie après un diagnostic de cancer du sein, vous avez droit au remboursement d’un traitement pour la fertilité : congélation d’ovaires ou de tissus ovariens. La congélation des embryons par FIV est également remboursée. Il en va de même pour les porteurs d’une mutation génétique susceptible de provoquer un cancer du sein ou de l’ovaire.

« Il est donc très important que vous soyez bien informée sur les risques d’infertilité au moment du diagnostic », souligne Ellen Van Moer (coordinatrice en oncofertilité à l’UZ Brussel). « Parlez-en à votre médecin s’il/elle n’aborde pas le sujet lui-même ou elle-même. »

Il est possible qu’en dépit de toutes les mesures prises, vous ne parveniez pas à avoir d’enfant après votre traitement. L’idée que vous ne pouvez plus être mère peut avoir de lourdes conséquences psychologiques, même chez les femmes qui ont déjà des enfants. La règle est ici toujours la même : si vous sentez que vous achoppez sur ce sujet, parlez-en à votre entourage, et si nécessaire au personnel soignant spécialisé ou l’oncologue.

Deneverine mère en ayant le cancer du sein

Il est possible d’avoir un cancer du sein pendant une grossesse, mais c’est rare. On estime qu’une femme enceinte sur trois mille a un cancer du sein. En Belgique, cela représente environ quarante femmes enceintes par an. Le diagnostic est souvent posé chez les femmes enceintes à un stade plus tardif, parce qu’elles ont des tissus glandulaires plus denses. Une tumeur est donc plus difficile à sentir et à voir. Les médecins prescrivent aussi moins volontiers une mammographie par crainte des rayons X. Une mammographie est, du reste, plus difficile à interpréter sur une femme enceinte.

Un tel diagnostic signifiait autrefois que la grossesse devait être interrompue pour soigner la femme, ou que la thérapie devait être reportée jusqu’après la naissance du bébé. Avec tous les risques encourus par la future maman. On sait aujourd’hui qu’il n’y a aucune raison de ne pas traiter les femmes pendant leur grossesse.

Au moment du diagnostic, je n’avais même pas encore senti mon bébé bouger. Je ne le considérais pas encore comme un enfant. Ma propre survie était alors ma préoccupation première. Mais finalement, c’est ma grossesse qui m’a aidée à supporter tout le traitement. J’y ai puisé une force énorme. Je ne sais pas si je me serais aussi bien battue sans cette nouvelle vie que je sentais grandir en moi.

Sophie, 29

La chimiothérapie commence de préférence à partir du quatrième mois. Diverses études ont montré que la majorité des produits de chimiothérapie atteignaient moins le fœtus, protégé par le placenta. Avant quatre mois, la chimiothérapie présente un risque plus grand de malformation et de fausse couche. C’est le contraire dans le cas de la radiothérapie. L’embryon est au début trop petit et le torse de la femme peut être irradié sans risque. Mais plus le bébé grandit, plus la radiothérapie peut l’affecter.

La Belgique est une autorité mondiale en la matière : le professeur Frédéric Amant de la KU Leuven étudie depuis 2005 les effets d’un traitement du cancer de la maman sur la santé et le développement de l’enfant. Les premiers résultats de ce travail de pionnier sont étonnants et rassurants. Les chances de guérison des femmes enceintes sont identiques aux jeunes femmes qui ne sont pas enceintes. Et pour l’enfant, la naissance prématurée présente plus de risques que la chimiothérapie. L’équipe du professeur suit actuellement plus de cent enfants nés après un traitement du cancer de leur maman. Les tests montrent pour l’instant que leur condition physique et mentale est aussi bonne que les autres enfants. Plus d’informations sur canceretgrossesse.be.