Prête à reprendre le travail

Environ 55 % des diagnostics du cancer sont établis chez des personnes n’ayant pas encore atteint l’âge de la retraite. Une majorité (60 à 80 %) qui travaillait avant le diagnostic est retournée au travail après le traitement. Reprendre le travail est pour beaucoup d’ex-patients du cancer une étape importante pour renouer avec leur vie. Le travail joue un rôle essentiel dans l’entretien des contacts sociaux, la sécurité financière et une image de soi positive.

Reprendre le travail n’est pourtant pas toujours facile. Certaines personnes attendent ce moment avec impatience car elles veulent fermer le chapitre de leur maladie et reprendre leur vie en main. D’autres ont plus d’appréhensions. Elles ont été absentes longtemps et se demandent si elles peuvent, ou veulent, retrouver le rythme d’avant la maladie.

Une étude de 2012, dans laquelle ont témoigné 350 victorieuses, a montré que les personnes qui reprennent le travail ne peuvent pas toujours compter sur des aménagements professionnels nécessaires. Les victorieuses se plaignent du manque d’information sur leurs droits et obligations. Beaucoup voudraient reprendre leur travail à temps partiel, mais le système est appliqué de manière trop rigide et la réglementation offre trop peu de flexibilité. Certaines personnes sont licenciées pendant leur congé-maladie ou peu de temps après leur retour au travail. Chercher du travail après un traitement contre le cancer est souvent très difficile. Les personnes se heurtent à l’incompréhension quand elles demandent à travailler à temps partiel ou si elles veulent un travail adapté à leur situation.

Plus de dix mille femmes belges contractent un cancer du sein chaque année. Une partie importante d’entre elles sont dans la vie active et sont en mesure de reprendre le travail une fois leur convalescence terminée. Après un diagnostic du cancer, il faut souvent attendre un à deux ans avant de pouvoir retourner travailler. Il est important que vous ne repreniez votre activité professionnelle que quand vous êtes prête. N’oubliez pas que vous venez de traverser une rude épreuve, avec un traitement qui a peut-être laissé des traces. Parlez-en avec votre médecin traitant et posez-vous les questions suivantes : « Suis-je en état de faire le même travail qu’avant ? Certains aspects de mon travail (comme les heures ou les tâches) doivent-ils être adaptés ? À quels problèmes vais-je me heurter quand je retournerai au travail ? »

Vous avez le droit de prendre contact avec le médecin du travail, même lorsque la question de votre reprise du travail ne se pose pas encore. De cette façon, vous pouvez déjà prendre toutes les dispositions pour que votre retour se déroule le mieux possible. La législation dit que le patient doit en faire la demande écrite à son employeur, mais il suffit souvent d’une simple question.

Si vous pensez pouvoir reprendre le travail à mi-temps, téléphonez au service médical de votre caisse d’assurance maladie et demandez à parler au médecin conseil de la reprise du travail progressive.

Rien n’est pire après la lourde épreuve des traitements que de devoir encore se battre pour son emploi. Ayez un peu de patience avec nous si nous ne réagissons ou ne fonctionnons pas normalement. Nous vivons toujours sur des sables mouvants.

Camille, 48

Si vous n’avez plus travaillé depuis longtemps, vous vous poserez d’autres questions encore. « Quelles sont les conséquences de mon traitement à long terme ? Mon employeur peut-il me licencier ? Sera-t-il prêt à adapter mon poste de travail ? Vais-je encore trouver du travail ? Dois-je informer mon nouvel employeur de ma maladie ? … » Autant de questions que vous pouvez poser au service du personnel de votre employeur, au médecin conseil de votre caisse d’assurance maladie ou même à l’assistante sociale de l’hôpital, mais voici d’ores et déjà quelques pistes de réflexion.

La reprise progressive du travail

En Belgique, en tant que salarié, vous n’êtes tenu d’informer votre employeur de votre retour au travail que la veille. On ne peut naturellement pas parler dans ce cas d’une bonne préparation. Les employeurs comme les salariés ne savent d’ailleurs pas toujours comment fonctionne dans la pratique le système de la reprise du travail progressive, qui vous permet d’assumer quelques tâches pendant votre congé maladie.

Si vous voulez reprendre le travail, vous devez d’abord avoir l’autorisation écrite du médecin-conseil de votre caisse d’assurance-maladie, car tant que vous touchez une allocation-maladie, vous êtes officiellement en incapacité de travail. Recommencer à travailler pourrait avoir de lourdes conséquences financières. Il existe certaines mesures de transition pour retourner au travail.

Une première option est de travailler à mi-temps pour raisons médicales via une reprise partielle du travail. Il s’agit dans la pratique d’une reprise du travail partielle dont vous pouvez faire la demande, en indiquant le nombre d’heures souhaitées et vos préférences en matière d’horaires. Peut-être préférez-vous travailler le matin pour pouvoir vous reposer l’après-midi. Une autre possibilité est la reprise du travail progressive. Vous pouvez commencer, par exemple par travailler deux heures par jour et augmenter progressivement votre durée de travail à quatre et six heures, avant de reprendre le travail à plein temps. Dans ce cas, par exemple, vous commencez à travailler tous les matins ou une demi- semaine, et ainsi de suite jusqu’à travailler à nouveau à temps plein.

J’étais très nerveuse à l’idée de retourner travailler. J’avais le sentiment d’avoir tout oublié, j’avais peur d’avoir perdu mon bon sens et mes réflexes. Je craignais aussi que mon corps, qui avait tant souffert, ne soit plus à la hauteur : je pensais aux gardes, aux longues journées, aux formations du soir.

Simone, pharmacienne, 51

Dans les deux cas, vous aurez besoin de l’autorisation du médecin- conseil de votre caisse d’assurance-maladie. Si cela convient, le salaire de votre travail s’ajoute à votre indemnisation maladie. C’est une manière de réintégrer progressivement le monde du travail sans désavantage financier. Mais attention, vous n’y avez pas systématiquement droit : votre employeur peut parfaitement le refuser. Il/elle ne peut pas vous discriminer dans ce domaine.

L’autorisation du médecin n’est possible que si vous avez au moins 50 % d’incapacité de travail. Cela ne signifie pas que vous ne pouvez travailler qu’à 50 %. Vous pouvez travailler à 70 ou 40 % si votre condition médicale le permet. Demandez plus d’explications à votre caisse d’assurance maladie.

La vigilance est de mise. Si votre employeur donne son accord pour une reprise du travail progressive, il vaut mieux ajouter une clause à votre contrat de travail expliquant clairement les nouvelles conditions de salaire et de travail et indiquant qu’elles sont temporaires.

Ce système n’a pas de durée déterminée. L’un des avantages de la reprise du travail progressive est que vos revenus professionnels peuvent (partiellement) être cumulés avec votre allocation d’incapacité au travail. Il y a des limites. Plus concrètement, ces allocations sont diminuées d’un montant en fonction de votre salaire. Votre caisse d’assurance maladie peut calculer le montant restant de votre allocation. Vous aurez ainsi une idée du total de vos revenus et de l’impact financier de votre reprise progressive du travail.

Vous pouvez également demander à votre employeur de travailler à temps partiel. Après, vous pourrez changer volontairement votre emploi à temps plein en un emploi à temps partiel. Votre employeur doit marquer son accord, et son éventuel refus ne peut être discriminatoire. Réfléchissez bien avant de commencer à travailler à temps partiel. Ceci a un impact sur les droits tels que les jours de vacances, le salaire, le calcul de la pension, etc.

Si vous avez encore trop de problèmes physiques ou si vous ne vous sentez pas encore prête à reprendre le travail, attendez encore un peu. Il vaut mieux rester à la maison un peu plus longtemps que de devoir constater après trois mois de travail que vous devez jeter l’éponge. Ne vous laissez rien imposer par personne. C’est à vous de décider quand vous pouvez et voulez reprendre le travail.

Les premiers mois de travail à temps partiel ont été faciles. Mais lorsque j’ai repris le travail à plein temps, j’ai été très vite happée par le tourbillon de la vie active. Je m’occupais moins de moi-même, je disais toujours oui, même si je savais que ce serait difficile. Mais la maladie a laissé des traces. Un corps qui vieillit plus vite, de la fatigue.
J’ai alors commencé à travailler à 4/5 avec crédit de temps.

Christiane, 56

Si votre employeur n’est pas pour une reprise progressive du travail ou une adaptation à temps partiel, vous pouvez essayer de passer à un régime de crédit-temps ou travailler à mi-temps de votre propre initiative. Cela ne peut pas vous être refusé. Soyez bien informé des conditions et modalités. Dans certains cas, vous pouvez également recevoir des prestations pendant la durée de votre crédit-temps.

Vous pouvez obtenir plus d’informations sur ce sujet auprès de l’ONEM ou de la maison de l’emploi de votre syndicat. Via breakatwork.be, calculez rapidement à combien de crédits- temps vous avez droit et quel serait votre avantage.

Préparez votre retour après une absence prolongée. Peut-être doutez-vous d’y parvenir. Vous pouvez vous préparer via un processus de réintégration formel ou informel. La voie informelle est souvent préférée.

Liantis
Suivre un chemin de reintegration


Une trajectoire informelle n’a pas de schéma fixe. Vous n’êtes donc pas lié par certaines étapes ou échéances. Vous pouvez simplement contacter votre employeur et discuter des options. Une visite chez le médecin du travail avant de reprendre le travail peut également être très utile. Vous pouvez l’utiliser pour vérifier si un retour est envisageable et comment l’organiser. Le médecin du travail est neutre et impartial.

Si vous préférez un processus formel, vous suivez une procédure officielle avec des étapes, des rôles et des délais déterminés par la loi. Le parcours a donc quelque chose d’artificiel. Si cela ne vous semble pas naturel, alors la voie informelle pourrait être meilleure pour vous.

Dans un processus formel, le médecin du travail est central et il/elle étudie les possibilités de retour. Vous, votre employeur et la caisse d’assurance- maladie, pouvez lancer une telle procédure. Votre employeur ou votre caisse d’assurance-maladie ont débuté la procédure, mais votre état de santé de ne le permet pas encore ? Alors faites-le savoir. Un processus n’a de sens que si un retour est médicalement possible. Vous ne pouvez pas être puni pour cela.

Si vous démarrez le processus, vous devez contacter le service externe de votre employeur. Ils prévoiront ensuite une évaluation de réintégration chez le médecin du travail en essayant de répondre à deux questions :

  • Pouvez-vous reprendre le travail dans un avenir proche ?
  • Pouvez-vous ajuster temporairement ou de manière permanente votre travail, ou effectuer d’autres tâches au sein de l’entreprise ?

Avec votre permission, le médecin du travail assure également la coordination avec votre médecin traitant et votre spécialiste. Ils connaissent mieux votre dossier et peuvent lui fournir des informations utiles pour mieux évaluer vos options.

En fonction de la réponse à ces questions, le médecin du travail peut prendre 5 décisions:

  1. Décision A: Travail ajusté, le retour au travail d'origine est possible à long terme.
  2. Décision B: Pas de travail ajusté, le retour au travail d'origine est possible à long terme.
  3. Décision C: Travail ajusté, pas de retour au travail d'origine.
  4. Décision D: Pas de travail ajusté, pas de retour au travail d'origine.
  5. Décision E: Travail ajusté, la réintégration n'est pas encore en discussion.

Après la décision du médecin du travail, votre employeur vérifiera s’il peut proposer un travail conforme à la décision. Suite à une décision A, l’employeur dispose de 55 jours. Pour une décision C, l’employeur a 12 mois pour réfléchir au travail dans le respect de la décision du médecin du travail. Ce n’est que si votre employeur peut prouver que le travail adapté ou autre lui est impossible, ou que cela ne peut pas être raisonnablement exigé pour des raisons légitimes, qu’il n’est pas obligé de le proposer. Il doit argumenter cela dans un « rapport motivé ». Si votre employeur peut proposer un travail différent ou adapté, il doit le consigner dans un « plan de réintégration ». L’employeur doit toujours vous consulter à ce sujet.

Si vous n’êtes pas d’accord avec la décision médicale C ou D, vous pouvez faire appel jusqu’à 7 jours ouvrables après la décision. Un médecin de l’Inspection sociale prendra alors une décision.

Vous êtes d’accord avec la décision médicale mais pas avec celle de votre employeur ? Alors sachez que vous n’êtes pas obligé d’accepter son offre. Vous pouvez refuser le plan de réintégration et rester aux frais de la caisse d’assurance-maladie.

Si un travail adapté n’est pas possible, ou si votre employeur ne peut pas vous l’offrir, il est possible dans certains cas de résilier votre contrat de travail pour cause de force majeure.

La force majeure n’est pas un renvoi. Votre état de santé rend l’exécution du contrat de travail impossible. Vous ou votre employeur n’avez aucun impact sur ce problème ou ne pouvez y remédier. Comme ce n’est pas un licenciement, vous n’avez pas droit à une indemnité ni à une période de préavis, mais vous avez droit à des allocations de chômage.

Depuis 2017, la force majeure n’est possible qu’après un processus de réintégration formel tel que :

  • Le médecin du travail déclare que vous êtes définitivement inapte, mais que vous pouvez effectuer un travail adapté ou changer de position (décision C). Votre employeur ne peut pas proposer de travail adapté, ce qu’ il motive dans un rapport
  • Le médecin du travail est d’avis que vous êtes définitivement inapte et que vous ne pouvez pas effectuer de travail adapté (décision D).

Si vous ne souhaitez pas que votre contrat de travail prenne fin pour cause de force majeure, même en consultation mutuelle, votre employeur peut le faire unilatéralement. Dans ce cas, vous avez droit à des conseils dispensés par un centre de carrière qui vous guide dans votre recherche d’emploi. Ils tiennent compte de votre état de santé. Le forfait doit durer 30 heures et a une valeur de 1 800 euros.

Se recycler ?

Parfois, un autre poste ou un travail adapté n’est pas une solution. Si vous êtes invalide depuis longtemps, les caisses d’assurance-maladie proposent parfois un processus de réadaptation ou de réorientation. Vous serez alors recyclé pour une autre fonction. Vous devez accepter cette proposition et l’INAMI doit approuver la formation. Pendant cette période de formation, vous êtes protégé, vous conservez vos prestations et ne payez pas la formation.

Qui est qui ?

  • Le conseiller en prévention, le médecin du travail ou CPMT surveille votre bien-être au travail, de sorte que vous ne soyez pas exposé à des risques pouvant nuire à votre santé. Il peut voir avec vous quel poste est le plus adapté à votre maladie et à votre état de santé. Son évaluation détermine si des mesures sont nécessaires.
  • Un médecin de contrôle vérifie pour le compte de votre employeur que vous êtes bien en incapacité de travailler pour la période indiquée sur le certificat par votre médecin traitant. Sa décision détermine si vous recevrez ou non un salaire garanti.
  • Votre médecin traitant à l’ hôpital se concentre sur votre santé, votre guérison et votre rétablissement. Cela peut être un spécialiste ou votre médecin.
  • Le médecin conseil de votre caisse d’assurance maladie juge si vous pouvez ou devez reprendre le travail. Sa décision détermine si vous avez droit à des prestations de maladie de la part de votre caisse d’assurance- maladie. Il/elle décide du remboursement par la caisse maladie de certains traitements et médicaments.
  • Chaque médecin est toujours tenu au secret médical.

Cinq conseils aux employers et collègues

L’association néerlandaise du cancer du sein a interrogé 750 patientes du cancer du sein sur leur expérience du retour au travail et a distillé cinq conseils à l’attention des collègues pour faciliter votre réintégration au travail.

1. Préparer vos collègues à votre retour

Vos collègues peuvent rassembler des informations sur les implications d’un cancer du sein. Votre employeur peut chercher un médecin du travail spécialisé dans la réintégration après le cancer ou faire éventuellement appel à un coach indépendant qui l’assistera. Un bon accompagnement contribue à un retour au travail réussi.

2.    Un environnement réconfortant et familier

Il est important que vous vous sentiez sécurisée et comprise. Vos collègues peuvent montrer de l’intérêt et de la compréhension : parler ouvertement de la maladie et de ce qui s’est passé, sans peur d’aborder le sujet du cancer. Il est primordial que vous ayez l’opportunité de reprendre le travail à votre rythme. Votre employeur a là une grande responsabilité. Il doit pendant un an au moins veiller à une flexibilité optimale, pour qu’à tout moment la quantité et le type de travail puissent être adaptés.

En tant que victorieuse, vous avez aussi tout intérêt à rester en contact avec votre employeur et vos collègues. Les collègues peuvent vous y aider en passant vous voir de temps en temps pendant le traitement. Il est important que vous puissiez garder contact avec le travail si vous le désirez.

En août, l’oncologue  m’a conseillé d’envisager la reprise du travail en décembre et de réfléchir à ma réintégration dans la vie active. C’était un sujet qui m’inquiétait moi-même depuis quelque temps déjà : j’étais infirmière dans un service pour patients partiellement paralysés. Serait-il encore possible de les soulever avec
mon bras ? Je n’ai pas vraiment trouvé une oreille attentive auprès de la direction, qui s’est contentée de dire qu’on verrait bien à mon retour. L’infirmière chef m’a heureusement trouvé un autre service. Mais il serait bien d’avoir un interlocuteur qui règle pour vous ce genre de choses.

Sarah, 58 ans

3.    Un plan par étapes

Vos collègues peuvent régulièrement vérifier comment se passe votre réintégration, garder le contact sans exercer de pression. Vous n’avez pas besoin de travail en-dessous de vos capacités, car cela ne stimule pas le plaisir de travailler, mais ils doivent vous confier certaines de vos propres tâches. Ils peuvent vous aider à vérifier aussi que vous n’outrepassez pas vos forces.

4.    Le concer du sein peut avoir un impact important et durable

Tout ne s’arrête pas avec la fin du traitement, vous n’êtes pas prête lorsque
vous retournez au travail à plein temps. Vous devez peut-être encore prendre des hormones pendant des années, vous pouvez être confrontée chaque jour aux cicatrices du cancer, mais aussi aux conséquences à long terme comme la fatigue et les problèmes de concentration.

5.    Continuer à communiquer

Une atmosphère ouverte et honnête, parler des soucis et des choses difficiles dans la maladie et la réintégration. Donner autant de place dans les discussions aux intérêts personnels qu’aux questions professionnelles. Parler simplement et poser des questions. Pas tout le temps bien sûr, mais l’empathie est importante.

Et si la reprise du travail ne se passe pas comme prévu ?

Agissez alors aussi vite que possible. Vous pouvez pour commencer alerter votre chef, votre employeur ou le CPMT pour ensemble quels aménagements peuvent être apportés à votre poste de travail de manière à pouvoir le conserver.

La maladie et les effets secondaires des traitements nécessitent souvent des aménagements de votre poste de travail. Du mobilier adapté à vos limites physiques ou du travail plus approprié à votre fatigue par exemple. Des heures de travail flexibles, un poste de travail plus tranquille et du travail à domicile. Discutez-en avec votre employeur. Malheureusement, il est difficile de forcer les ajustements. Dans des situations extrêmes, vous pouvez contester le refus de votre employeur, par exemple dans une situation discriminatoire.

Le cancer et le licenciement

Légalement, votre employeur ne peut pas vous licencier pour motif de maladie. Le cancer ne peut jamais être la cause d’un renvoi. Votre employeur peut en revanche vous licencier pendant votre maladie. Rien ne l’empêche de mettre fin unilatéralement à un contrat de travail, bien qu’il ne puisse pas vous discriminer en raison de votre état de santé. Le licenciement peut ne pas être manifestement déraisonnable et votre employeur ne peut pas abuser de son droit de vous licencier. Il doit avoir une bonne raison, comme pour ses salariés qui ne sont pas malades : des entretiens d’évaluation négatifs, la situation économique de l’entreprise, etc.

Un employeur n’est toutefois pas tenu de motiver votre licenciement. Vous pouvez cependant en demander les raisons concrètes. Votre employeur est tenu de vous répondre dans un certain délai. Si la réponse ne vient pas (à temps), vous avez droit à une indemnisation. Si votre employeur répond, mais qu’il semble que le licenciement soit déraisonnable, vous avez également droit à une indemnisation.

Je suis restée à la maison presque un an. J’ai repris depuis quelque temps le travail à mi- temps. Quelle est mon impression ? Bonne d’un côté, mais c’est un véritable défi. Il y a eu une réorganisation du travail pendant mon congé maladie. Mon poste n’existe plus et je travaille pour un nouveau chef. Plutôt étrange et pas facile. Je dois maintenant prêter attention aux choses les plus anodines. Quel était le mot de passe de mon PC déjà ? Comment s’appelle ce collègue qui vient de me saluer ? Comment fonctionne la machine à café ? Non, ce n’est pas simple …

Josée, 64

Après le licenciement, votre employeur doit vous laisser effectuer un préavis. Il ne démarre pas tant que vous n’êtes pas apte au travail. Cela peut se faire lors d’une reprise progressive du travail. Si votre employeur choisit d’effectuer de vous faire prester jusqu’à une date déterminée, il est alors tenu de vous payer des frais.

Si vous êtes déclaré définitivement inapte au travail, on parle alors de « cas de force majeure médicale ». Après un processus de réintégration formel, le médecin du travail prend cette décision et indique si un travail adapté peut être effectué. Votre employeur décide ensuite s’il peut ou non proposer une telle trajectoire. La force majeure médicale n’est possible que dans certains cas, après quoi le contrat de travail prend fin sans que quiconque ne verse une indemnité de licenciement. Vous aurez droit aux allocations de chômage.

Confidentiel ou pas ?

Vous n’êtes légalement pas tenue d’informer votre employeur ou vos collègues de votre cancer. Il est important de savoir que le médecin du travail est lié par le secret professionnel et ne peut donc rien révéler à votre employeur. Vous pouvez demander à parler au médecin du travail même pendant votre maladie. Un entretien avec votre employeur peut clarifier la situation sur les perspectives et possibilités de votre retour au travail. Vous lui dites ce que vous voulez ou pouvez, mais aussi ce que vous attendez de lui. Vous pouvez aussi lui expliquer quelle forme de cancer vous avez et quelles en sont les conséquences.

Au début de votre absence, vous avez droit à des revenus garantis. Cette allocation est versée par l’employeur. Après une absence prolongée, votre allocation vous sera versée par votre caisse d’assurance maladie. Il suffit pour cela de remplir une déclaration confidentielle.

Travailler pendant votre cancer

Vous devez en principe cesser toutes vos activités pour être reconnue en incapacité de travail. Le médecin conseil de votre caisse d’assurance maladie peut toutefois vous autoriser à mener une activité adaptée, chez votre propre employeur ou ailleurs. Vous devez avoir sa permission, sous peine de répercussions sur votre allocation de maladie ou invalidité. Depuis avril 2013, vous ne devez plus attendre l’autorisation du médecin-conseil pour reprendre le travail. Cette autorisation peut être obtenue en aval. Les formulaires vous seront fournis par votre caisse d’assurance maladie. Vous avez également besoin d’une autorisation pour le bénévolat. Le médecin conseil jugera de sa compatibilité avec votre état de santé. Votre travail ne doit pas non plus causer de dommages à votre employeur.

Le cancer et la recherce d'emploi

Un antécédent de cancer n’est pas une raison suffisante pour ne pas engager quelqu’un. C’est inscrit depuis quelques années dans la loi anti-discrimination. Vous n’êtes pas tenue d’informer votre employeur potentiel que vous avez eu un cancer car cette information relève de la sphère privée. L’employeur ne peut avoir accès à cette information que si une forme précise de cancer vous met en incapacité totale ou partielle pour la fonction à laquelle vous postulez. Un examen médical chez le médecin du travail est parfois la dernière étape d’une procédure d’embauche. Ensuite, vous pourrez éventuellement parler de votre cancer et de ses conséquences. Le CPMT est tenu au secret professionnel, mais doit juger de votre capacité à tenir le poste à pourvoir.

Il sera rarement question de votre santé lors d’un entretien d’embauche, mais vous n’avez parfois pas d’autre issue pour expliquer les blancs dans votre parcours professionnel dus à votre traitement. N’éveillez pas les soupçons par trop de mystères, mais soyez honnête. Des réponses fausses peuvent être ultérieurement un motif de licenciement justifié.

Vous êtes indépendante ?

« Les indépendants sont trop peu assurés contre la perte de revenus, » constatait la Fondation contre le Cancer. Les indépendants se préoccupent si peu du risque de tomber malade qu’ils ne sont pas assurés le jour venu. « Ils sont submergés par la paperasserie au lancement de leur activité et négligent leur protection personnelle », dit l’enquêteuse Nele Van den Cruyce.

Le cancer appauvrit, et les indépendants sont les plus exposés. Ils ont fait des prêts pour leurs investissements, et la perte de revenus est encore plus lourde. S’ils subissent une chimiothérapie, ils doivent non seulement se contenter de revenus plus bas mais mettent aussi en danger l’existence de leur affaire. Les clients vont voir ailleurs et un indépendant doit souvent se refaire tout un réseau de clientèle après une maladie. Les indépendants travaillent plus longtemps et reprennent le travail plus vite, tandis qu’un salarié va se remettre progressivement au travail après sa thérapie.

Informez-vous bien sur les mesures à prendre en votre faveur en cas de maladie ! Vous avez ainsi la possibilité de cesser le versement de vos cotisations sociales pendant la durée de votre maladie. Une bonne assurance hospitalisation et une police de revenus garantis ne sont pas un luxe non plus.

La loi partyka

Il n’y a pas si longtemps, les personnes qui avaient eu un cancer ne pouvaient pratiquement pas obtenir un prêt intéressant ou contracter une bonne assurance. La prime d’assurance solde restant dû était par exemple huit fois plus élevée que la normale, ou les compagnies refusaient tout simplement d’assurer les ex-patients du cancer. Mais les choses ont changé depuis janvier 2015 avec l’entrée en vigueur de la loi Partyka.

Si votre assureur refuse votre demande ou veut appliquer une surprime trop élevée, vous pouvez faire appel à un organisme indépendant appelé le Bureau du suivi qui étudiera la motivation de cette prime ou en cas de refus demandera des comptes à la compagnie d’assurance. Une caisse de compensation est également prévue pour contribuer si la surprime médicale est de 125 % supérieure à la prime de base (jusqu’à un plafond de 800 %). Si le bureau juge que la surprime médicale est justifiée, celle- ci sera limitée à 125 % de la prime de base. Cette caisse est financée par les compagnies d’assurances.

Cette disposition est mal connue du public. Les assureurs informent aussi trop peu leurs clients de ces possibilités. N’hésitez surtout pas à vous renseigner.

L’obligation de l’assureur est un aspect important : grâce à la loi, elle s’applique également à d’autres assurances, comme l’assurance-vie individuelle, l’assurance voiture et l’assurance hospitalisation. C’est une bonne chose, mais les assureurs ne sont toujours pas obligés de révéler des données les concernant comme les règles d’acceptation et les tarifs.

En février 2020 entrera en vigueur le droit à l’oubli, une loi qui donne la garantie de ne plus payer de surprime pour une assurance solde restant dû. Une fois que vous êtes déclaré guéri, le fait que vous ayez eu un cancer ne pourra plus jamais jouer en votre défaveur. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à contacter le Bureau du Suivi, qui est constitué de représentants d’associations de patients, d’une association de défense des consommateurs (Test-Achat) et de compagnies d’assurances et est dirigé par un magistrat indépendant. Le bureau est joignable au 02 547 57 70.