En route vers une nouvelle image de soi

Un cancer est une maladie lourde à porter, encore plus quand votre corps et votre image personnelle sont affectés par les traitements. Se préoccuper de son apparence peut paraître futile durant un traitement du cancer du sein, mais ce n’est pas le cas. Si vous devez subir une chimiothérapie ou des rayons, vous vous sentez généralement mal et fatiguée. Vous faire belle est peut-être alors le dernier de vos soucis, mais on ne peut que vous le conseiller. C’est important pour vous sentir bien dans votre peau.

Que votre apparence va maintenant changer, c’est une idée à laquelle vous devez vous faire petit à petit. Prendre soin de vous peut aider à regarder votre nouveau corps d’une manière différente. De cette façon, vous travaillez progressivement sur une nouvelle image de vous. Cela peut prendre du temps et ce temps varie d’une personne à l’autre. Mais ne balayez pas ce processus d’acceptation d’un revers de la main, ne l’ignorez pas et osez exprimer votre angoisse, votre doute et votre inquiétude.

Prenez soin de vous, c’est l’aspect de votre maladie que vous pouvez vous-même contrôler. Cela peut vous donner l’impression de reprendre votre vie en main et vous redonner le goût du contact humain. Un bon maquillage et des soins du visage peuvent beaucoup améliorer votre image de vous-même.

Il est important que vous preniez quelques précautions car votre peau a été affectée par le traitement. Dans certains hôpitaux, des séances de bien-être et des ateliers avec des conseils beauté et de soins sont organisées. N’hésitez pas à vous renseigner, mais voici d’ores et déjà quelques conseils utiles.

Les soins de cheveux

Ne changez de préférence rien à vos habitudes pour le traitement. Si vous vous teignez les cheveux et ne voulez pas les couper, faites-les teindre avant le début du traitement, car ils seront fragilisés.

Puisque vous avez de fortes chances de perdre vos cheveux à la suite du traitement, c’est peut-être une bonne idée de vous les faire couper très courts. Vous donnerez ainsi à vous et votre entourage le temps de s’habituer à votre nouveau look, cela rendra la transition moins abrupte. Vous pouvez aussi vous faire raser la tête et porter d’emblée une perruque. Vous préviendrez ou même éviterez ainsi les pertes de cheveux en touffes.

Si vous préférez garder vos cheveux, prenez-en grand soin pendant le traitement. La chimiothérapie rend les cheveux très cassants. Lavez- les à l’eau tiède avec peu de shampooing, et le plus doux que vous trouviez. Vérifiez le pH sur la bouteille et optez pour un pH aussi neutre que possible, entre 5 et 7. Rincez le shampooing délicatement et essorez délicatement vos cheveux. Ne vous frottez pas la tête trop vigoureusement. Et pendant la chimiothérapie, exposez votre tête au soleil aussi peu que possible pour éviter les brûlures.

Les traitements peuvent causer des démangeaisons ou des irritations du cuir chevelu. Vous pouvez y remédier en utilisant certains produits en vente chez les pharmaciens ou chez les marchands de perruques.

Votre cuir chevelu est aussi plus sensible et plus sec après la chute des cheveux. Lavez-le avec de l’eau tiède en massant doucement la tête. Vous stimulerez ainsi la circulation sanguine, ce qui est bon pour les racines des cheveux. Séchez-vous la tête avec une serviette douce et appliquez-y une crème ou un baume hydratant.

Les soins du visage

De ziekte en de behandelingen hebben een weerslag op je huid. Die kan droog worden, de kleur kan veranderen, je teint kan doffer, bleker, gelig of grauw worden. Je kunt ook wallen, vlekken of puistjes krijgen. Maar er zijn oplossingen om die te verzachten of te maskeren.

Tijdens en na je behandeling kun je je blijven opmaken. Bereid je huid wel voor. Hydrateer haar goed en reinig haar elke ochtend en avond. Zo verwijder je make-up, onzuiverheden en schilfers. Neem ‘s avonds de tijd om je grondig af te schminken. Zo loop je het minst risico op irritaties. Werk af met een zachte gelaatstonic, zonder alcohol of parfum, want alcohol heeft een uitdrogend effect.

Soyez prudente avec le démaquillage

La chimiothérapie et la radiothérapie augmentent le risque d’infection ou de petites hémorragies. Il faut donc être très prudente lorsque vous vous maquillez et démaquillez les yeux.

L'hydration est indispensable

Une bonne hydratation prévient le dessèchement de la peau. Utilisez une crème adaptée à votre type de peau et de préférence des produits pour peaux sensibles. Pour les yeux, il vaut mieux utiliser une crème hydratante adaptée à appliquer doucement sur le contour de l’œil en utilisant votre annulaire pour exercer le minimum de pression.

Rougeurs

La radiothérapie peut parfois causer des brûlures. Un médecin peut vous conseiller des produits préventifs ou soignants. N’utilisez que les crèmes recommandées par votre médecin ou votre oncologue. Si des taches rouges apparaissent sur votre visage pendant le traitement (érythème ou couperose), vous pouvez les camoufler avec un stick de correction à base de pigment vert et couvrir avec un peu de fond de teint.

Traitement spécial du visage

Certains traitements incluent la prise de corticostéroïdes, qui peut favoriser une pilosité excessive. Vous pouvez plaquer ces petits poils avec une brosse à sourcils et les camoufler avec du fond de teint. N’utilisez pas de poudre, qui rendrait les poils encore plus visibles.

Huidverzorging

Déssechement

Une bonne hygiène exige que vous nettoyiez chaque jour votre peau, mais ne restez pas trop longtemps sous la douche ou dans le bain. Vous éviterez ainsi que votre peau ne se dessèche. La mousse de bain est agréable, mais très déshydratante. Tout comme le savon. Il vaut mieux mettre de l’huile dans l’eau du bain et utiliser un savon à base d’huile, renoncez également aux produits exfoliants. Il vaut mieux appliquer régulièrement une crème hydratante. Il existe aussi des produits de douche qui réduisent l’hyperactivité de la peau.

Hypersensibilité

Certains types de chimiothérapie peuvent rendre votre peau hypersensible à la lumière du soleil. Utilisez dans ce cas des produits solaires bien adaptés, de préférence avec le plus haut facteur de protection. Encore mieux, protégez votre peau en portant des manches longues, des pantalons et un chapeau.

Ne prenez en aucun cas de bains de soleil si vous devez subir une chimiothérapie ou radiothérapie. Si le traitement a rendu votre peau hypersensible, évitez la chaleur et le froid excessifs. N’utilisez donc pas de bouillotte au lit si vous avez froid aux pieds. Votre peau peut devenir tellement sensible que même une bouillotte tiède peut vous donner une impression de brûlure.

Il arrive aussi que votre peau réagisse aux vêtements lavés avec un certain produit. Utilisez des produits de lavage doux et neutres et évitez les adoucisseurs. Si vous avez des démangeaisons, évitez autant que possible de vous gratter. Exposez l’endroit irrité peut aider parfois, car le contact avec l’air réduit souvent les démangeaisons. Vous trouverez en pharmacie des produits qui calment les peaux irritées, mais consultez votre médecin si les démangeaisons persistent. N’utilisez pas de pansement sur la peau irradiée et portez des vêtements souples et amples. Le coton et la soie sont préférables à la laine et aux matières synthétiques.

Les mains et les pieds

La chimiothérapie peut dessécher la peau des mains et des pieds, et favoriser les hémorragies et les infections. Si vous constatez de petites plaies, parlez-en à votre médecin traitant. Les paumes des mains et les plantes des pieds demandent un soin particulier car elles sont très sensibles à la déshydratation, en raison de certains médicaments notamment. Cela peut aller jusqu’à ce qu’on appelle le syndrome « main-pied », qui se manifeste par des rougeurs, des irritations ou une desquamation de la peau.

Une crème hydratante n’est donc pas un luxe, appliquez-la aussi souvent que nécessaire. Évitez les douches et les bains chauds, les gants, les chaussures, les chaussettes ou les bijoux qui vous serrent. Les frottements peuvent causer des plaies aux mains et aux pieds, tout comme la marche ou le jogging intensif. Utilisez également toujours des gants en caoutchouc lorsque vous faites le ménage ou la vaisselle.

Les ongles peuvent changer de couleur, car certains médicaments favorisent la pigmentation. Ils peuvent aussi devenir plus fragiles, se casser facilement ou même tomber. Dans certains hôpitaux, ils vous proposeront des gants glacés qui permettront d’éviter ces inconvénients.

Une cure de chimiothérapie provoque souvent une chute du nombre de globules blancs et de plaquettes. Soignez donc vos ongles avec beaucoup de délicatesse, de manière à éviter tout risque d’infection ou d’hémorragie.

« Si vous avez des ongles cassants, vous pouvez suivre un traitement pour les renforcer à l’aide de vernis durcissant », explique Katleen Vanderbeken de l’Institute for Professional Care (IFPC). « Faites attention, car il est important de suivre la bonne procédure. Si vous sautez une étape, le traitement peut avoir l’effet inverse. Si vous le faites bien, vous aurez un résultat beau et durable. »

« Appliquez une première couche de vernis au jour 1, suivi par la deuxième au jour 2. Au jour 3, retirez le vernis à l’aide d’acétone, et appliquez de nouveau une couche de vernis. Ajoutez une deuxième au jour 4. Retirez de nouveau le vernis au jour 5, après quoi n’appliquez plus qu’une seule couche. Répétez le processus pendant un maximum de deux semaines, suivi par une semaine de repos durant laquelle vous n’appliquerez rien sur vos ongles. Le cas échéant, vous devrez répéter le processus. »

Ne coupez pas les ongles de vos orteils trop courts. Ils seront plus faciles à couper après un bain de pieds d’une dizaine de minutes. N’utilisez pas de ciseaux, mais un coupe-ongles adapté et limez les angles de vos ongles.

Des vêtements adaptés

Votre silhouette peut se modifier au cours de la maladie. Une femme va perdre du poids, une autre va grossir. Choisissez des vêtements dans lesquels vous êtes à l’aise, qui camouflent les petits défauts et mettent vos atouts en valeur.

Quelques conceils
  • Les rayures horizontales élargissent la silhouette, tandis que les rayures verticales allongent et amincissent.
  • Les vêtements de sport ont l ’avantage d’être composés de matières confortables, les modèles sont généralement plus amples et la taille élastique.
  • Les pantalons larges sont surtout confortables pour le ventre et les cuisses.
  • La laine, la soie et le coton sont plus souples et plus seyants.
  • Un foulard peut servir à dissimuler un cou amaigri ou une peau abîmée.
  • Les tissus souples sont élégants et sont certainement recommandés, pour dissimuler l ’implantation d’un cathéter.  Un châle ou un foulard par exemple.
  • Les manches larges sont un bon moyen de détourner le regard de la poitrine et de dissimuler un lymphoedème.

La couleur est importante dans votre vie, littéralement et figurativement. Les bonnes couleurs vous flattent et vous donnent de l’assurance. Chaque personne a sa palette de couleurs personnelles, en fonction de la couleur de ses yeux, de ses cheveux et de sa peau. Les bonnes couleurs feront ressortir la couleur de votre peau, donneront de l’éclat à vos yeux, feront rosir vos pommettes et effaceront les irrégularités de peau. Il est important de définir votre type : printemps, été, automne ou hiver. Si vous avez un type été ou hiver, votre teint sera le plus mis en valeur par les couleurs froides et bleues. Un type printemps choisira de préférence des couleurs chaudes.

De nombreux hôpitaux proposent des ateliers de conseils en couleurs et style à leurs patients du cancer. Vous trouverez aussi dans les Page d’Or une rubrique Conseil en couleur et style et la Fondation contre le Cancer peut vous aider à chercher une conseillère.

Sofie (37), mère célibataire de deux petits enfants diagnostic du cancer du sein - mars 2013

La découverte

J’étais en train de me mettre de la lotion corporelle après la douche quand j’ai senti une petite grosseur à l’extrémité de mon sein droit, presque sur mes côtes. Le médecin traitant que j’ai consulté le lendemain m’a rassurée. Ça devait être un kyste, car la petite boule était très mobile « mais allez quand même voir un radiologue. » J’y suis allée avec l’idée d’en finir là, mais il m’a prescrit une mammographie. Le soir même, mon médecin m’informait que j’avais effectivement une tumeur maligne. Une gifle en pleine figure. Ma première pensée a été pour mes enfants : « et si je mourais ? » Ils n’auraient plus de maman.

Quelques jours plus tard, une ponction a confirmé le diagnostic. Mon cancer avait essaimé dans tout le sein et avait touché quelques glandes. Le docteur a été franc : « Nous allons devoir vous enlever le sein, mais nous devons d’abord vérifier qu’il n’y a pas de métastases, sans quoi une opération n’a pas de sens. » C’est alors que j’ai été prise de panique.

N’a pas de sens ? L’attente des résultats, de tous les autres tests, a été un vrai supplice, mais il n’y avait pas de étastases. J’étais tellement soulagée qu’ils enlèvent d’un coup cette saleté de cancer de mon corps, que je pouvais à peine attendre l’amputation de mon sein. Une partie de moi.

Cacher la réalité

J’ai essayé de mener une vie aussi normale que possible entre l’opération et le début de la chimiothérapie. Mon entourage trouvait cela étrange, mais c’était pour moi un mécanisme de défense. Je sortais avec des amis, j’allais au café. Je voulais profiter au maximum de la vie. Fallait-il donc que je me morfonde en attendant la mauvaise nouvelle ?

Je me faisais accompagner à chaque visite médicale, mes amis me le proposaient d’eux-mêmes. Heureusement d’ailleurs, car je ne l’aurais pas facilement demandé, je ne voulais surtout pas être une charge pour eux. J’étais toujours dans un état de confusion à l’hôpital et je ne retenais rien de ce qu’on me disait, heureusement que mes amis étaient là pour noter ou retenir des choses à ma place. Le médecin voulait tout m’expliquer sur la chimiothérapie et la radiothérapie à venir, mais je n’avais pas envie de savoir tout ça. Je n’avais pas besoin de connaître en détail ce qui m’attendait. Je devais faire les choses graduellement, sans quoi je ne pourrais pas aller au bout de l’épreuve.

J’ai bloqué le cancer. Je fais la même chose quand j’écoute les actualités, ce que j’entends me perturbe à un tel point que je prends une distance mentale et m’en protège. Je suis à l’ordinaire quelqu’un qui veut avoir le contrôle, mais pas dans ces situations. Je devais remettre mon sort entre les mains d’autres personnes et c’est ce que j’ai fait. Je n’ai pas fait de recherches sur Internet, ni cherché le contact avec des femmes dans ma situation. Moins je savais, mieux je me portais. Les gens ont tendance à vouloir partager leurs sinistres récits, je ne voulais rien entendre, pas entendre parler de cerveaux frits par la chimiothérapie ou de triples rechutes. Non, merci. Je voulais me concentrer entièrement sur l’épreuve à traverser.

C’était assez facile hors de l’hôpital, mais beaucoup moins pendant le traitement. Lorsqu’on m’a donné de l’Herceptine, je partageais une chambre avec trois femmes qui parlaient tout le temps. L’une était là pour la troisième fois, une autre avait fait une rechute, mais cette fois elle ne perdrait pas ses cheveux. J’ai commencé à hyperventiler,
à voir trouble. J’ai dû sortir pour échapper à leur conversation. Elles me regardaient bizarrement.

La chimio

J’avais une peur bleue de l’effet que me ferait la chimiothérapie. À quel point allais-je me sentir mal ? J’étais seule. Qui donc s’occuperait de moi quand les choses empireraient ? Après la première séance, j’ai demandé à une amie de venir loger quelques jours chez moi. Il a fallu s’habituer, elle me faisait à manger et me couvrait d’une couverture. Cela donnait parfois des situations cocasses au début. Je lui faisais le café, pendant qu’elle préparait mon petit-déjeuner. Mais sa présence m’a fait du bien. On a parlé ensemble, mais on a aussi partagé des silences.

J’étais surtout incroyablement fatiguée pendant la chimiothérapie. Une fatigue difficile à expliquer, un épuisement total. Je n’avais envie ni de lire, ni de regarder la télévision, j’ai même mis plusieurs fois des visiteurs à la porte. C’était affreux, car je ne suis pas une personne qui reste assise à ne rien faire de toute la journée, j’ai besoin d’être occupée. Je ne voulais pas dormir, pas me reposer, mais je devais souvent écouter mon corps. Mon agenda était vide, mais je n’avais pas la force de trouver des occupations, car je ne savais jamais quand cette fatigue allait me terrasser.

Pour la Fête des Mères, les enfants étaient chez leur père, mais voulaient quand même passer me voir parce que c’était « ma » journée. Je ne pouvais pas me concentrer plus d’un quart d’heure. Ils débitaient leurs poèmes et donnaient leurs cadeaux, puis ils devaient partir. C’était trop difficile de leur donner mon attention, et lorsqu’ils partaient, je pleurais de remords.

Je passais donc la plupart des journées dans l’inaction totale. Je détestais ça et dès que je me sentais mieux, j’essayais de rattraper le temps perdu. Je retrouvais toujours mon énergie à la troisième semaine après ma séance de chimiothérapie et je me sentais capable de tout. Et j’en faisais trop, naturellement.

L'amour

Il y a dans le quartier un petit café où je retrouve toujours des têtes connues. J’ai continué à le fréquenter pendant ma maladie. Je n’avais pas de perruque, je trouvais ça trop cher, mais je voulais quand même être belle. J’avais toute une série de bandeaux et de foulards dont je me drapais artistiquement la tête. Je mettais de jolies robes, je me maquillais. J’ai continué à apporter beaucoup de soin à mon apparence et on me faisait des compliments, ce qui me faisait plaisir. Je voulais être encore plus belle et attirante que jamais. J’étais devenue plus sensible et j’avais un grand besoin en affection et en attention. J’ai donc continué à vivre une vie aussi normale que possible, c’était ma manière de triompher de la maladie à tous les niveaux. Je faisais du camping avec les enfants, j’allais en Ardenne avec des amies, je participais à tout autant que mes forces me le permettaient. J’avais besoin d’être entourée, mais sans qu’on me materne.

J’avais aussi besoin de savoir que je pouvais encore séduire un homme. Je me suis donc inscrite sur un site de rencontres dès le début de ma chimiothérapie. Je me dis aujourd’hui que j’étais un peu folle. La maladie est-elle vraiment le moment de se lancer dans une aventure amoureuse ? Mais j’ai vécu des moments fantastiques et c’était bon de sentir que le cancer ne jouait ici aucun rôle, que j’étais encore attirante.

J’en ai parlé après avec l’oncopsychologue. Elle n’a pas trouvé si étrange que ça que je recherche l’amour et la chaleur humaine. Je retrouvais les moments délicieux de la séduction, des papillons dans le ventre. Parfois avec succès, parfois non. J’espérais quelque chose de plus, mais j’étais bien consciente qu’il était difficile pour les hommes de bâtir quelque chose avec moi dans cette situation. Ces aventures ont eu en tout cas le mérite de m’aider à m’accepter, à constater que je pouvais continuer à plaire, sans sein et sans cheveux. Il y avait aussi la primeur de mon nouveau corps. Continuer à donner de l’amour et en recevoir m’a aidée à rester femme.

You are the queen

La première photo a été prise par accident, dans un parc du quartier. Je venais juste d’apprendre que j’avais un cancer et mon amie Claire était avec moi. Un côté de mon corps était au soleil, l’autre côté, celui de mon sein malade, à l’ombre. Une image hautement symbolique, me suis-je dit en la regardant. Claire et moi avons décidé de continuer à prendre des photos et de documenter toute ma maladie. C’était une sorte de rite, une échappatoire. Nous mettions un peu de musique et tenions une séance de photos. Je me préoccupais de savoir si j’étais encore une femme attirante pour les hommes. J’ai trouvé en partie une confirmation dans les photos, car je pouvais voir qu’en dépit des imperfections, j’étais encore belle. C’est au moment où mon corps a connu les pires changements, avec un seul sein  et sans cheveux que je me suis rendu compte de ma beauté. Étrange en fait. Le traitement est lourd et prend une bonne part de votre féminité. Votre sein, vos cheveux, votre visage gonflé par la cortisone. J’avais des boutons, et plus de sourcils, cela change vraiment un visage. Ces photos sont donc un choc, mais un choc bénéfique. Beaucoup de femmes vivent la même chose et je voulais leur apporter un peu de soutien. La maladie est difficile en soi, sans avoir à la cacher ou en avoir honte. J’ai donc fait de ces photos un livre : You are the Queen, parce que ma fille disait que j’étais devenue une reine, avec toutes les petites attentions de tout le monde. Je me demande parfois si c’était une bonne décision car je suis parfois mal à l’aise à l’idée de tous ces inconnus qui peuvent les voir. Mais j’espère surtout qu’elles donneront du courage à toutes les femmes dans ma situation.

Au début, une reconstruction mammaire m’apparaissait comme l’évidence même, parce que j’étais jeune. Je pensais surtout que cela serait nécessaire pour trouver un homme. Jusqu’à cette soirée d’information où je suis allée. Oui, le résultat peut être satisfaisant, mais il arrive que les choses tournent mal. Infections, enflures, l’idée qu’on allait découper de la graisse sur une autre partie de votre corps, alors que je n’en ai pas de trop … Non, je me sens bien dans ma peau pour l’instant et je n’ai pas besoin d’une reconstruction mammaire.

J’ai accepté mon amputation du sein assez vite. J’ai continué à avoir des contacts intimes pendant ma maladie, je suis rapidement retournée au sauna. Je me sens parfois mal à l’aise, mais il y a bien d’autres aspects de mon corps qui sont aussi importants que ce sein, non ? Il y a pourtant des moments où j’ai honte et je garde mon haut en faisant l’amour. Ça reste un sujet délicat. Mon ami du moment a fait ma connaissance alors que j’avais déjà perdu un sein. Une reconstruction n’est pas nécessaire pour lui. « Que les médecins te laissent tranquille maintenant », c’est son point de vue et je suis de son avis. Nous nous sommes connus à la fin de mon traitement, via internet, oui (rire). Juste au moment où j’allais fermer mon profil, j’ai lu un dernier mail, c’était le bon. Nous sommes allés doucement au début. Quelques mails, puis des coups de téléphone à répétition. Il avait du mal à s’imaginer avoir un avenir avec quelqu’un de malade au début. Et si je faisais une rechute ? Ça lui faisait peur, mais il a fini par dire : « Moi aussi je pourrais tomber malade et je serais alors heureux de t’avoir à mes côtés. »

L'affreux crâne

Mon fils avait quatre ans, ma fille neuf lorsque j’ai eu mon diagnostic. Je ne pouvais pas tout leur expliquer, ils étaient si petits, mais il existe heureusement des livres pour vous aider. Je leur ai dit qu’il y avait une vilaine petite bête dans le corps de maman qu’il fallait enlever et que je devais prendre des médicaments. Que ces médicaments allaient me soigner, mais qu’il y aura des moments où je serai malade et fatiguée et que mes cheveux allaient tomber.

Ma fille a eu une réaction très violente, elle était complètement paniquée : « Je ne veux pas voir ça, je ne veux pas vivre avec toi si tu n’as plus de cheveux. Je reviendrai quand tu auras des cheveux. » Mon fils, lui, n’avait pas de problèmes avec mon crâne chauve. Il est entré dans la salle de bains et s’est mis à rire. « Maman, tu ressembles à un gros bébé. » Pas ma fille, elle refusait de me regarder. Elle pensait qu’on voyait toutes les veines sur un crâne, elle imaginait quelque chose de monstrueux. Elle m’a fait promettre de me couvrir toujours la tête, pour qu’elle ne me voie pas sans cheveux. Vers la fin de mon traitement, nous étions un jour assises côte à côte et dessinions sur son tableau. J’ai enlevé mon bonnet, et lentement, elle a regardé mon crâne nu, elle lui a même donné un baiser. Ce moment a été pour moi d’une intensité incroyable.

Mes enfants m’ont aidée à m’en sortir. Dès que j’allais mal, je regardais leur photo et je me disais : « Bon Dieu, maman ne va pas se laisser faire. » Mon ex et moi gardions les enfants une semaine sur deux, mais nous avons dû adapter notre routine quotidienne. Les enfants restaient deux semaines avec lui, une semaine avec moi (la semaine la moins lourde pour moi, la dernière avant une nouvelle séance de chimiothérapie). J’étais alors en état de faire des choses avec eux, mais il m’arrivait aussi de seulement vouloir me reposer. Alors je laissais les enfants à une amie pour la nuit. J’essayais d’avoir un maximum d’activités avec eux, mais ils devaient apprendre que maman n’est pas une superwoman. Je ne leur cachais pas mes larmes.

Mon fils était encore petit, il ne se posait pas trop de questions, mais ma fille était assez âgée pour tout voir et pas assez pour tout comprendre. Elle s’est accommodée de la situation à sa manière. À l’école, on lui avait donné un cahier pour écrire ou dessiner les choses qui étaient difficiles pour elle et elle s’en est beaucoup servi. Un jour, une camarade de classe a reçu un biscuit parce qu’elle s’était fait mal à l’épaule. « Et moi alors ? Moi aussi j’ai mal, parce que maman a un cancer et c’est bien pire ! » Je me suis dit qu’il ne fallait pas dire une chose pareille, mais après tout, c’est sans doute comme cela qu’elle ressentait les choses.

Je me demande parfois ce qui leur passe par la tête. Je pense qu’ils ne prendront conscience de certaines choses que bien plus tard. Je me sens aussi parfois coupable à leur égard. Je n’ai pas été la maman que j’aurais dû être, je les ai lâchés. Mais s’ils se posent un jour des questions, ils pourront toujours lire mon livre et savoir ce que je ressentais, aussi à leur égard. Savoir que je regrettais de ne pas mieux m’occuper d’eux, mais qu’il fallait que je me concentre sur ma guérison.

A propose de l'angoisse

Je voudrais tourner cette page de la vie, mais je ne suis pas encore prête. Cela ne fait après tout que deux ans. Suis-je guérie ? Je n’ose pas encore le dire. J’ai encore besoin d’en parler et je suis très ouverte sur ce sujet. Cela fait partie de l’acceptation, je suppose. Selon la psychologue, c’est une bonne chose, beaucoup d’ex-patients du cancer y accordent trop peu d’attention et le retour de bâton se produit des années plus tard. Je peux parler ouvertement de mes émotions, mais une chose m’est restée : l’angoisse. Je me sentais en sécurité pendant la chimiothérapie, parce que j’étais suivie en permanence, mais il y a un moment où les médecins vous lâchent dans la nature. Je suis maintenant au point où je dois passer un contrôle deux fois par an. C’est beaucoup trop peu selon moi. Juste après la visite, je suis à nouveau rassurée, puis je commence assez vite à broyer du noir. « Est-ce que je vais vraiment bien ? Et si je faisais une prise de sang ? » Je sais bien que je dois retrouver la confiance en mon corps, mais il m’a déjà trahie une fois. J’avais passé un contrôle chez le gynécologue en février et il n’y avait rien d’anormal. Un mois plus tard, j’avais une tumeur d’un centimètre.

Je ne peux donc pas me défaire de la peur d’une rechute. Je suis assez anxieuse de nature et ça n’aide donc pas. Personne ne peut me rassurer. Ni mes amis, ni mon partenaire, ni mon médecin. Mais même les gens qui n’ont jamais eu de cancer peuvent avoir un cancer d’un jour à l’autre. Je le sais bien. Et ils ne passent pas deux contrôles par an. J’essaie de me rassurer ainsi.

J’essaie aussi de changer mon attitude à l’égard du stress et de la peur. Ça n’a jamais été mon fort, et j’ai le sentiment que cela a joué un rôle dans le déclenchement de ma maladie. Je venais juste d’accepter un nouvel emploi, très  tressant et j’ai largement dépassé les limites de mes forces. Aujourd’hui, j’essaie de faire plus de sport. Je cours, je fais du yoga, on dit que le sport a un effet protecteur et je m’efforce ainsi de mieux gérer mon stress. Ma cicatrice est mon baromètre. Je sens parfois une pression ou une douleur vive. Je sais alors que j’en ai trop fait et je dois lever le pied.

Voilà presque deux ans que je suis à la maison, dans mon cocon. Ça m’a fait du bien, mais je veux retrouver ma place sur le marché du travail. J’ai besoin de la routine, des contacts. Et je veux avancer, trouver de la satisfaction dans mon travail. Je me fais aussi du souci naturellement. Vais-je être à la hauteur ? Et si le stress est trop grand pour moi ? C’est intimidant de reprendre sa place dans la société. Je ne sais en fait pas bien ce que je veux. J’étais institutrice, mais est-ce encore un métier pour moi ? Avec un groupe de 25 petits autour de moi ? Plus les préparations jusque tard dans la nuit ? Je me fatigue plus vite qu’avant, ce sera donc peut-être au-dessus de mes forces. Et est-ce que je le veux vraiment ? Je devais autrefois tout contrôler, trouver tout de suite du travail pour ne pas manquer d’argent. Je suis maintenant au chômage et je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Mais c’est OK. Je veux trouver un travail que j’ai vraiment envie de faire.

Sofie (37)

Mère célibataire de deux petits enfants diagnostic du cancer du sein - mars 2013