Comment savoir si j'ai un cancer du sein?

Apprenez à connaître votre corps, vos seins. Avant de savoir que quelque chose ne va pas, vous devez naturellement d’abord savoir ce qui est normal. Chez la plupart des femmes, il est normal de sentir des petites grosseurs sous la peau, ce sont les tissus glandulaires. Votre cycle menstruel a aussi un impact sur vos seins. Les changements que vous détectez peuvent donc être innocents.

Il n’est pas nécessaire de tâter vos seins chaque mois à date fixe : cela peut même vous donner un faux sentiment de sécurité. Mais restez vigilante. Regardez et palpez vos seins de temps en temps sous la douche, apprenez à les connaître et détectez les changements aussi vite que possible.

La plupart des cancers du sein que nous voyons ont été détectés par les femmes elles-mêmes. Il vaut mieux ne pas contrôler l’état de ses seins pendant la menstruation, parce que les seins sont alors gonflés, même jusqu’à dix à quatorze jours plus tard. Au début, vous allez voir et sentir toutes sortes de choses sous vos doigts, mais si vous le faites, palpez vos seins régulièrement seins régulièrement, vous remarquerez rapidement ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Il est important de connaître ses seins.

Le docteur Philippe Van Trappen (gynécologue oncologue à AZ Sint- Jan Brugge)

Quand faut-il commencer à s'alarmer?

La présence d’une petite boule indolore ou d’un gonflement plus dur que le reste est souvent une indication d’un cancer du sein. Beaucoup de femmes pensent : « je n’ai pas mal, je me sens bien, tout va bien donc ». Il est possible que vous ayez mal au sein, mais c’est rarement un signe précoce de cancer du sein. Si vos seins semblent différents par rapport à d’habitude et si vous voyez ou sentez l’un des symptômes suivants, il vaut mieux consulter immédiatement votre médecin traitant, même si vous avez déjà eu une mammographie normale :

  • Une grosseur ou un gonflement dans le sein ;
  • Une grosseur ou un gonflement sous l’aisselle ;
  • La desquamation ou rougeur du mamelon, ou un mamelon soudainement inversé ;
  • Un petit creux sur la surface du sein ;
  • Un suintement du mamelon (eau, sang, de couleur verte ou laiteuse) ;
  • Un sein anormalement chaud, rouge ou enflammé ;
  • Une petite blessure qui cicatrise mal ;
  • Une douleur dans le sein, un endroit différent au toucher ;
  • La peau d’un sein qui prend l’apparence d’un peau d’orange.
Comment m'ausculter moi-même?

Un examen du sein peut se faire debout, assise ou couchée. Mettez-vous devant le miroir et examinez soigneusement vos seins.

Vous remarquez des changements de taille ou de forme, sur la peau ou sur le mamelon ? Placez vos mains derrière la tête et regardez à nouveau vos seins.

Procédez pour le toucher comme si votre sein était un gâteau de douze parts égales (ou une horloge). Placez votre main gauche à environ 5 centimètres sous la clavicule et placez votre main droite derrière la tête. Faites du bout de trois ou quatre doigts des mouvements circulaires en pressant légèrement de l’extérieur du sein vers le mamelon. Répétez le mouvement pour chaque douzième du sein. Examinez également le tissu mammaire vers l’aisselle de la même manière.

Divisez l’aisselle en trois parties : derrière le muscle pectoral, devant le muscle grand dorsal et entre les deux. Tâtez du même mouvement circulaire ces zones. Tirez ensuite légèrement sur le mamelon pour vérifier s’il bouge facilement. Examinez vos deux seins de la même manière.

Chez le médecin

Plus un cancer est détecté rapidement, moins le traitement sera agressif et plus vous aurez de chances de guérison. Le médecin vous posera des questions et vous examinera. L’examen médical consiste à examiner et à palper les seins.

L’examen clinique s’effectue d’abord avec les bras pendant le long du corps. Puis le médecin vous demandera de lever vos bras progressivement au- dessus de la tête et de rester dans cette position. Vous vous pencherez ensuite avec les bras étendus et mettrez par après vos mains sur vos hanches. Le changement le plus caractéristique du cancer du sein est un retrait local de la peau, une sorte de petite fosse. Le médecin examinera ainsi chacun de vos seins ainsi que les aisselles. Votre médecin traitant demandera peut-être des examens complémentaires à l’hôpital ou vous enverra voir un spécialiste.

Si, sur la base d’un trouble du patient et/ou d’un examen clinique, le médecin soupçonne un cancer du sein, une série d’examens approfondis suivra afin d’avoir une confirmation. « Une anormalité dans le sein est examinée de trois façons : par un examen clinique, une mammographie et une biopsie, » explique le professeur Wiebren Tjalma (coordinateur médical de la Clinique du Sein de l’UZA). « Une IRM supplémentaire peut suivre. »

Cette période d’examens complémentaires et de diagnostic est souvent difficile à vivre. Il faut attendre que tous les examens soient terminés et les résultats connus. Entretemps, vous vous inquiétez. Sachez que l’équipe de la Clinique du Sein fait son possible pour que cette période soit aussi courte que possible.

Le travail en équipe à la clinique du sein pour le traitement et l'accompagnement les plus performants possibles

Une Clinique du Sein est un programme de soins spécialisé à l’intérieur de l’hôpital et consacré aux troubles du sein. Pour être reconnue comme telle par le gouvernement, une Clinique du Sein doit respecter un certain nombre de normes de qualité. Ces exigences ont été définies dans l’arrêté royal du 26 avril 2007 (AR).

« Des recherches internationales prouvent qu’en tant que patiente, une Clinique du Sein agréée augmente vos chances de guérison et de survie, tout en garantissant une meilleure qualité de vie », explique Lienke Vandezande (infirmière spécialisée à l’UZ Leuven). C’est pourquoi Think Pink, et les spécialistes du cancer du sein du pays, s’accordent sur le fait que les traitements du cancer du sein devraient être exclusivement réservés aux Cliniques du Sein agréées. Nous défendons activement cette position auprès des gouvernements.

Collaboration multidisciplinaire

Une équipe multidisciplinaire dirige la Clinique du Sein. Grâce à la coopération au-delà des frontières des professions, cette équipe vous considère en tant que personne à part entière dès le premier jour de votre arrivée.

  • Le radiologue est responsable de l’ imagerie ;
  • L’ infirmière spécialisée en mammographie vous soutient durant les mammographies ;
  • Le chirurgien enlève la tumeur ou le sein ;
  • Le pathologiste examine si le tissu retiré est bénin ou malin ;
  • L’oncologue est responsable de votre traitement antihormonal ou de votre chimiothérapie ;
  • Un gynécologue spécialisé en matière de cancer du sein peut assurer l’opération et prescrire des traitements complémentaires ;
  • Le radiothérapeute est responsable des rayons ;
  • L’ infirmière en radiothérapie vous guidera pendant les séances de radiothérapie ;
  • Le chirurgien plasticien assurera une éventuelle reconstruction mammaire ;
  • Le généticien clinique vérifiera si votre cancer est génétique ou familial ;
  • Le consultant génétique vous soutient au cours du processus ;
  • L’ infirmière spécialisée dans le cancer du sein est votre guide et votre point d’ancrage au cours de votre traitement ;
  • Les infirmières sont des expertes dans votre traitement ;
  • Le physiothérapeute se préoccupera de votre réhabilitation et vous aidera en cas de complication telles que le lymphoedème ;
  • Le psychologue sera là pour vos peurs, vos angoisses et vos incertitudes, et celles de votre famille. Pour les questions concernant l’effet sur votre image corporelle, votre relation et votre sexualité, vous pouvez vous adresser à un sexologue ;
  • L’ infirmière sociale ou l’assistante sociale vous aidera à vous familiariser avec l’aide éventuelle pendant et après votre traitement ;
  • Le diététicien en oncologie répondra à vos questions sur l’alimentation pendant et après votre traitement.

Chaque semaine, l’équipe multidisciplinaire siège en consultation oncologique multidisciplinaire (COM). Un chirurgien, un oncologue, un gynécologue, un radiothérapeute, un pathologiste, un radiologue, une infirmière spécialisée et un oncopsychologue doivent être présents. D’autres prestataires de soins tels qu’un chirurgien plasticien ou votre médecin généraliste, peuvent également y participer. Ensemble, ils combinent leurs connaissances professionnelles pour préparer votre traitement.

L'infirmière spécialisée

L’infirmière spécialisée est le cœur battant de la Clinique du Sein. Elle est votre repère et votre soutien, et vous guide tout au long du traitement. C’est pourquoi certains hôpitaux l’appellent « oncocoach ».

Vous pouvez toujours la contacter pour plus d’informations et de précisions, ou pour une oreille attentive. Dans certains hôpitaux, elle peut assister à des rendez-vous avec les médecins pour vous aider à y voir plus clair. N’hésitez pas à la contacter si vous en avez besoin.

Expérience

Une Clinique du Sein coordinatrice agréée doit établir et traiter au moins 125 nouveaux cas de cancer du sein par an. Pour une Clinique du Sein « satellite » – une plus petite Clinique du Sein rattachée à un centre agréé coordinateur – il en faut au moins 60. En outre, l’AR détermine également avec précision le niveau d’expérience de tous les membres de l’équipe multidisciplinaire et le nombre de formations qu’ils doivent suivre. Comme ils traitent quotidiennement les maladies du sein, ils acquièrent de plus en plus de connaissances pour pouvoir vous soigner et guider de manière optimale dans le traitement de la maladie.

Présence garantie

L’arrêt royal indique également combien de temps l’équipe médicale doit être disponible au minimum pour la Clinique du Sein. Par exemple, la Clinique du Sein évite que votre chirurgien ne soit présent qu’un jour par semaine sur place, impliquant que vous deviez attendre trop longtemps pour une consultation en cas de complication. L’équipe multidisciplinaire de la Clinique du Sein garantit que vous aurez un rendez-vous dans les 5 jours ouvrables. D’autres tests et un diagnostic doivent suivre dans la semaine qui suit.

Exigences Techniques

Non seulement les employés, mais également l’infrastructure, l’équipement et les laboratoires doivent répondre à des exigences de qualité pour qu’un hôpital soit reconnu comme Clinique du Sein. Toutes les précisions sont décrites dans l’AR.

Rapport et suivi

Chaque Clinique du Sein communique tous les diagnostics de cancer du sein et le type de cancer du sein à la Fondation Registre du Cancer. Cette fondation d’utilité publique collecte ces chiffres pour l’ensemble du pays et définit un certain nombre d’indicateurs de qualité. Ces indicateurs sont utilisés pour rédiger des rapports de suivi pour les Cliniques du Sein, afin qu’elles sachent à quel point leurs diagnostics, leurs traitements et leurs résultats sont de bonne qualité et comment s’améliorer.

Un matin, j’ai senti une grosseur dans mon sein en prenant une douche. Quand je me suis séchée, je pouvais presque la voir. J’ai alors ressenti une peur panique. Je voulais immédiatement savoir ce que c’était, mais c’était le week-end. J’ai donc dû attendre deux jours avant que mon cancer du sein soit diagnostiqué. Ma mère se faisait aussi traiter pour le cancer du sein à ce moment-là.

Elise, 41
À quels examens dois -je m'attendre?

Si le médecin a un doute, il vous fera passer une mammographie de diagnostic. Une mammographie est une radiographie des seins à l’aide d’un appareil spécialisé. « Pendant une mammographie, vous vous placez torse nu devant l’appareil de radiographie. Un sein est posé sur une tablette et est pressé aussi plat que possible par une plaque. La méthode peut être désagréable, et même un peu douloureuse, mais elle assure la meilleure qualité d’image », explique le docteur Vincent Remouchamps (CHU UCL Namur). Les technologues spécialisés qui vous aideront sont formés pour que l’expérience se déroule de la manière la plus indolore possible. Deux clichés seront pris : un d’en haut, ainsi qu’une photo en diagonale. De cette façon, le radiologue obtiendra l’image la plus complète possible de votre poitrine.

En cas de doute ou pour avoir une meilleure vue, il est également possible de faire une échographie, une image du sein sur la base d’ultrasons. Une échographie est un examen simple, indolore et sans danger. Elle permet souvent de distinguer une tumeur maligne d’une tumeur bénigne.

Si une lésion suspecte est détectée ou s’il y a un doute, on peut procéder à une ponction ou une biopsie par aiguille fine pour extraire des cellules de la grosseur. La micro-biopsie consiste à prélever sous anesthésie locale une « carotte » de tissus à l’aide d’une aiguille plus épaisse. Ces tissus sont alors examinés au microscope pour déterminer si la tumeur est bénigne ou maligne. Une prise de sang permet d’indiquer s’il y a éventuellement des métastases.

Si un cancer du sein est diagnostiqué, les résultats de vos examens seront débattus aussi vite que possible par la COM. Vous serez informé des résultats aussi vite que possible par votre médecin traitant ou votre gynécologue.

Une fois le diagnostic du cancer du sein établi, suit une série d’autres examens pour déterminer s’il y a des métastases dans d’autres parties de votre corps. Ces examens peuvent différer en fonction de votre situation personnelle, ainsi que des résultats des tests précédents :

  • Une échographie du foie ;
  • Une radiographie de la cage thoracique et de la colonne vertébrale ;
  • Une échographie de l’aisselle. Si des anomalies sont constatées, des cellules du ganglion seront prélevées avec une fine aiguille pour examen au microscope ;
  • Un CT-scan : une radiographie très détaillée du corps ;
  • Un NMR-scan ou IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), qui crée un champ magnétique permettant d’obtenir des images détaillées des organes du corps. Il faut rester immobile une heure dans une sorte de tunnel et l’appareil est très bruyant, ce qui peut être assez désagréable ;
  • Un PET-scan du corps : surtout utile pour détecter des métastases ;
  • Un scan des os ou scintigraphie : examen après injection d’une substance légèrement radioactive pour détecter des métastases osseuses.

Tous ces examens ne sont pas pratiqués sur chaque patient. Demandez des explications à votre médecin.

Sur la base des examens ci-dessus, le médecin peut établir le profil et déterminer à quel stade en est la maladie, c’est-à-dire dans quelle mesure le cancer s’est développé dans le corps. Dans le cas du cancer du sein, on distingue quatre stades, indiqués par des chiffres romains de I (premier stade) à IV.

J’ai senti deux fois une petite boule. Je tâte souvent mes seins et je les fais régulièrement contrôler. Espérons que cela suffit pour traiter le cancer en temps voulu.

Monioque, 73 ans, en récidive après 11 ans

Dèpistage organisè

« Nous savons aujourd’hui que les modes de vie influencent le risque de cancer. C’est aussi vrai pour le cancer du sein bien que ce niveau de risque soit influencé par d’autres facteurs aussi. Le risque « zéro » n’existant malheureusement pas, le dépistage de ce cancer reste important, » explique le docteur Thérèse de Foy (coordinatrice au Centre Communautaire de Référence pour le dépistage des cancers). « En effet, si ce cancer est détecté à un stade précoce, les chances de guérison sont très grandes. De plus, la détection précoce de petites lésions permet de recourir à des traitements moins lourds et mieux supportés. »

Les autorités régionales organisent une campagne publique de dépistage du cancer du sein. L’examen de dépistage utilisé s’appelle le Mammotest. Les femmes entre 50 et 69 ans sont invitées par le CCR (en Wallonie) ou Brumammo (à Bruxelles) à passer un Mammotest, une mammographie de dépistage, tous les deux ans. L’examen est entièrement gratuit pour les femmes affiliées à une mutuelle belge.

En dehors des moments de dépistage, chaque femme doit être attentive à ses seins. Si une anomalie apparait, il faut consulter votre médecin traitant.

L'entretien de la mauvaise nouvelle

L’annonce d’une mauvaise nouvelle en sénologie provoque souvent beaucoup de stress, d’angoisse et d’incertitude. Votre avenir prend tout d’un coup une autre tournure. Cela peut causer des émotions violentes comme le chagrin, la peur, le désarroi, l’impuissance et la colère et fait qu’on ne peut pas absorber toutes les informations pendant l’entretien.

Essayez de vous faire accompagner chez le médecin par votre partenaire, un ami ou un membre de votre famille, certainement pour ce premier entretien de diagnostic – votre médecin vous le conseillera sans doute – mais aussi pour les consultations suivantes. Vous avez besoin d’un soutien moral, et deux personnes retiennent plus de choses qu’une. Demandez à votre médecin de vous établir un schéma graphique de votre poitrine, afin que vous puissiez clairement voir les étapes qui suivent. Assurez-vous également d’avoir un entretien avec l’infirmière spécialisée en notant bien ses coordonnées, vous saurez ainsi qui appeler si vous avez une question.

L’entretien de la consultation d’annonce n’est pas facile pour le médecin non plus, c’est pourquoi il peut se faire assister de l’infirmière spécialisée de la Clinique du Sein qui peut ensuite prendre la patiente en charge. Il ou elle doit évaluer rapidement ce que vous comprenez et la quantité d’informations vous désirez recevoir. Le risque existe que le médecin se concentre surtout sur la tumeur et le traitement, et laisse peu de place aux émotions suscitées par la mauvaise nouvelle. D’où le rôle spécifique de l’infirmière spécialisée ou un oncopsychologue, qui peut assister à la conversation et clarifier certains points par la suite. Ce livre fournit également beaucoup d’informations supplémentaires que vous pouvez donc consulter chez vous quand vous le souhaitez.

Faire passer des informations n’est pas tâche aisée à un tel moment de choc émotionnel. Il est pourtant de la plus haute importance qu’un  tel entretien se passe bien, sans quoi vous risquez de rester avec des interrogations et des inquiétudes qui rendent plus difficile encore l’appréhension de la nouvelle et augmentent le risque d’angoisse et de dépression. Un entretien bien mené vous aide à vous faire à la nouvelle situation.

Bien retenir les questions que vous aimeriez poser est important et vous aide à ne rien oublier au moment de votre rendez- vous. C’est pourquoi Think Pink a développé une application Think Pink Guide pratique, qui regroupe facilement vos questions spécifiques par rendez-vous. L’application contient des questions par thème que vous pouvez lier aux rendez-vous, mais vous pouvez également ajouter vos propres questions. En outre, vous pouvez y ajouter des dessins de votre médecin, pour que l’application puisse vous servir comme guide tout au long de votre parcours. Combinez l’application et les informations que vous trouverez dans ce livre pour bien vous préparer pour chaque rendez-vous. Vous trouverez l’application gratuitement sur l’AppStore et sur Google Play.

Une enquête en 2013 a recueilli quelque 431 témoignages. Il en ressort que les patientes réagissent le mieux après un entretien serein en tête- à-tête. Elles trouvent important que le médecin prenne son temps et qu’elles soient accompagnées d’un proche. Le fait que le médecin ne souhaite rien dire au téléphone, mais demande à la patiente de passer le voir en consultation, en dit déjà assez. L’appel doit en tout cas être très vite suivi d’une bonne conversation personnelle avec le médecin.

L’oncologue donnait surtout des informations médicales, trop en fait pour tout absorber sur le moment. J’ai beaucoup
apprécié la présence d’une infirmière. Elle a pris tout son temps pour le soutien administratif et psychologique. Et les infirmières spécialisées du sein étaient toujours disponibles si j’avais des questions à poser.

Alicia, 43 ans

« Il revient au docteur, en collaboration avec l’équipe pluridisciplinaire de la Clinique du Sein, d’évaluer clairement la gravité de la situation. La règle d’or est qu’il faut toujours dire la vérité et que le mot « cancer » doit être explicitement prononcé au moins une fois », explique Brigitte Colas (infirmière de coordination à la Clinique du Sein du CHU Tivoli). « Des termes vagues comme « c’est une petite boule » ou « quelque chose qu’il faut enlever » ne sont pas acceptables. »

Une communication claire et honnête ne suffit pourtant pas. Il est important que vous soyez bien informée, que vous compreniez bien la situation. Être « bien informée » diffère naturellement d’une patiente à une autre, il faut s’adapter aux différentes personnalités afin de créer une communication empathique. Certaines femmes ne veulent pas tout savoir en une fois, d’autres veulent aller au fond des choses. Vous avez le droit de dire clairement ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas entendre et le médecin doit respecter votre volonté.

Une enquête montre encore que les personnes atteintes d’un cancer, quel que soit leur âge, oublient plus de la moitié des informations qui leur sont communiquées. Les gens de plus de 65 ans en particulier sont démunis devant une masse d’informations qu’ils ne peuvent pas toutes assimiler. Il semblerait aussi que les patients dont le pronostic est le pire se souviennent moins des informations reçues.

Un grand choc émotionnel

Même s’il y a une quantité de circonstances « atténuantes » et qu’on vous annonce que vous avez de bonnes chances, presque toutes les personnes à qui on diagnostique un cancer subissent un grand choc psychologique. La plupart dira même que cela a été le pire moment de leur vie. D’autres situations de crises dans la vie d’un être humain (comme les problèmes conjugaux, les difficultés financières, des problèmes avec les enfants ou le travail) ne sont apparemment rien en comparaison avec un diagnostic de cancer.

Le docteur Sonia Vanderlinden (gynécologue oncologue aux Cliniques de l’Europe) : « Le fait que le cancer est tout d’un coup devenu « votre » réalité est quelque chose à laquelle on n’est généralement pas préparé. Même si vous le redoutiez depuis quelque temps déjà, le moment de la confirmation officielle reste une expérience traumatisante. » Vous êtes sous le choc et pouvez être submergée par toutes sortes de sensations : incrédulité, colère, tristesse, peur, panique … Une fois le diagnostic posé, la période qui suit exige un grand soutien. De votre environnement proche bien sûr – votre partenaire, vos enfants, vos parents et vos proches – mais aussi des médecins et des infirmières qui doivent veiller à ce que vous receviez le meilleur traitement et les meilleurs soins possibles. Certaines personnes ont d’ailleurs besoin d’un soutien psychologique professionnel pour accepter la situation. N’hésitez donc pas à prendre contact avec la Clinique du Sein. Vous pouvez toujours y consulter l’infirmière spécialisée ou un oncopsychologue.

Je suis foutue. Qu’est- ce qui va arriver à mon mari et à mes enfants ? Telle a été ma première réaction quand les mots
« cancer du sein avec métastases » sont tombés. J’ai heureusement été très bien soutenue à l’hôpital : les médecins et les infirmières m’ont donné toutes les explications nécessaires et ont été très honnêtes.

Florence, 33

Vais-je guérir ? C’est sans doute la question cruciale à ce stade, mais il n’est pas simple d’y répondre. Dans le cas du cancer du sein, il est très difficile de dire si une personne est totalement hors de danger. Même après un traitement, il y a toujours un risque de récidive. Les traitements sont destinés à minimiser un maximum le risque de rechute. Les médecins préfèrent parler des chances de survie ou de pronostic (les perspectives) que de guérison.

Bon à savoir

Plus la maladie est détectée et traitée à un stade précoce, plus les chances de survie sont grandes. Plus la tumeur au sein est petite, moins il y a risque de métastases dans les ganglions lymphatiques et autres parties du corps. Le type de tumeur joue ici un rôle important.

Les chances de survivre à un cancer du sein ont augmenté ces dernières années, notamment grâce à sa détection précoce, elle-même le fruit du programme de dépistage organisé et d’une meilleure prise de conscience des femmes, qui vont plus vite consulter un médecin lorsqu’elles remarquent quelque chose d’anormal. Les meilleures chances de survie sont également dues à des études et des traitements plus pointus.

Vous allez, quoi qu’il en soit, traverser une période de grande incertitude. Vous savez maintenant que vous avez une tumeur maligne. Vous en savez peut-être déjà plus sur le type de tumeur et sur la présence ou non de métastases. Mais il y a généralement encore beaucoup d’inconnues : de quelle forme s’agit-il exactement, y a-t-il des métastases dans les ganglions lymphatiques, etc. Ces informations ne sont souvent connues qu’après l’opération et l’étude des tissus cancéreux. Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on peut déterminer avec précision quels traitements seront nécessaires. Cette période d’incertitude peut durer quelques semaines.

Sachez que vous pouvez consulter votre infirmière spécialisée à tout moment. Elle connait votre histoire, écoute vos questions, vos préoccupations et vos peurs, elle est là pour vous.

Comment annonce la nouvelle à mes proches?

Annoncer le diagnostic à votre famille et vos amis est probablement l’une des choses les plus difficiles que vous aurez à faire. Vous ne savez probablement pas par où commencer. Si vous avez un partenaire, il y a de grandes chances que ce soit lui ou elle qui vous ait accompagné chez le médecin et qui ait appris la nouvelle en même temps que vous. Vous pouvez alors éventuellement annoncer ensemble la nouvelle à vos amis et votre famille. Vous pouvez également leur écrire un mail si cela vous semble plus facile. Suivez votre instinct.

Quand on est malade, on n’a pas forcément besoin d’être materné, mais il est quand même bon de savoir que les gens pensent à vous. Pendant ma chimiothérapie, je recevais toujours des petits messages d’amitié, qui me faisaient chaud  au cœur. Ce n’est pas toujours facile de garder le contact quand on se sent mal, et j’appréciais donc que d’autres prennent l’initiative de me contacter.

Arlette, 71 ans

N’ayez pas peur d’être une charge pour votre entourage en leur annonçant la nouvelle. Oui, certaines personnes préfèreront ne pas le savoir, ne sauront pas comment se comporter face à votre maladie ou auront même peur du cancer. Mais vous remarquerez sans doute que la plupart des gens vous seront reconnaissants de les avoir mis au courant, car cela prouve que vous leur faites confiance et qu’ils comptent dans votre vie.

L’avenir étant fait d’incertitudes, n’essayez pas d’épargner vos proches en leur dissimulant votre cancer. Ils doivent en effet être bien informés pour vous donner tout le soutien nécessaire.

Parler de vos sentiments peut vous aider considérablement à porter votre fardeau. Mettre des mots sur vos angoisses et vos préoccupations peut vous aider à mettre vos sentiments en perspective. Parler ensemble d’un sujet aussi personnel, faire ensemble le long chemin de la maladie peut aussi intensifier le lien que vous avez avec certaines personnes. Cela aussi est précieux.

J’ai parlé avec maman aujourd’hui. Elle avait l’air si heureuse que je n’avais pas le cœur à lui annoncer mon cancer du sein. Sa mère n’y avait pas survécu et mes propres chances de survie n’étaient pas très grandes.

Valerie, 37 ans
Se comporter avec quelqu'un qui a un cancer

Un diagnostic du cancer n’est pas que pour vous, en tant que patiente, une nouvelle catastrophique. Les personnes de votre entourage reçoivent elles aussi un grand choc et ne savent souvent pas comment se comporter. Ces conseils peuvent les aider.

Si vous apprenez qu’une de vos amies a un cancer, prenez en tout cas contact personnellement, par téléphone ou en lui rendant visite, selon votre degré d’intimité. Votre premier contact ne doit pas nécessairement durer longtemps. Vous sentirez d’ailleurs très vite si quelqu’un a envie de parler ou non et promettez de rappeler.

Beaucoup de gens ne savent pas quoi dire. Vous pouvez parfaitement l’admettre et personne n’attend de vous des réponses toutes faites. Être là et écouter est souvent suffisant. La patiente aura déjà subi tant d’examens et de traitements qu’elle aura elle-même beaucoup à raconter. Vous pouvez lui demander comment elle se sent à ce moment, comment elle va, ce qui va se passer ensuite. Et si vous êtes disposé à aider, demandez-lui ce dont elle a besoin, proposez-lui d’aller chercher les enfants, de l’accompagner à l’hôpital pour son traitement, de faire des courses … Faites une proposition concrète, ce sera plus facile pour votre amie d’accepter.

Il ne faut surtout pas vous imposer, même avec les meilleures intentions du monde. Laissez parler la patiente. Essayez aussi de ne pas l’éviter, c’est souvent le coup de grâce d’une amitié ou d’une bonne relation. Souvenez-vous de l’adage : « C’est dans le besoin que l’on reconnaît ses amis ».

Mais surtout, continuez à prêter une oreille attentive. Montrez-lui de l’empathie, sans tomber dans la compassion excessive. Essayez de la distraire avec d’autres sujets de conversation. Elle sera sans doute contente d’apprendre ce qui se passe dans le monde « normal ». Vous pouvez naturellement lui remonter le moral, mais veillez à ne pas dire que les choses ne sont pas si graves qu’elles ne paraissent, au risque de donner l’impression que vous prenez sa maladie à la légère.